Face à un budget de 81,35 milliards de francs CFA pour moderniser la justice sénégalaise, la députée Amy Dia a transformé le débat budgétaire en une tribune poignante. Ancienne détenue politique, elle a utilisé son mandat parlementaire pour porter la mémoire de ses 20 mois d’incarcération et exiger une justice réparatrice pour toutes les victimes de la répression passée.
L’intervention d’Amy Dia à l’Assemblée nationale n’était pas un simple commentaire technique sur les lignes budgétaires. C’était un récit à la première personne, chargé d’une émotion palpable. La députée, ancienne coordinatrice du parti Pastef à Sam-Notaire (Guédiawaye), a décrit un pays qu’elle « ne reconnaissait plus ».
Violence politique : Elle a dénoncé avec force le recrutement et l’utilisation de nervis par « certaines autorités » pour « intimider, blesser et parfois tuer ». Cette pratique, dénoncée par la société civile, avait créé une « peur installée dans les quartiers » et poussé des jeunes au désespoir, certains « préférant la pirogue au silence forcé ».
L’expérience de la détention : Amy Dia est revenue sur les conditions de son arrestation le 17 juin 2022, puis de sa détention : « enlèvement nocturne, détention prolongée sans preuve, procès inéquitable ». Elle a évoqué la dureté de sa vie carcérale, avec un accès minimal à sa famille et au monde extérieur.
Souffrances partagées : Son témoignage a transcendé son cas personnel. Elle a donné une voix aux « mineurs traumatisés à vie », aux « mères détenues avec leurs bébés », citant le cas d’Aramata Djiba et son bébé de 3 mois, Awa Coly. Elle a peint le tableau d’un « peuple meurtri » à l’extérieur, de familles divisées et d’une jeunesse marquée à jamais.
Le poids d’un contexte politique douloureux
Le discours d’Amy Dia s’inscrit dans un contexte national encore marqué par les blessures de la fin du précédent régime. La députée elle-même a été incarcérée dans le cadre de l’affaire dite des « forces spéciales », une affaire qualifiée par certains analystes de « pantalonnade d’État » destinée à criminaliser l’opposition.
Cette période a été marquée par une répression qui, selon Amnesty International, a fait au moins 65 morts, plus de 1 000 blessés et environ 2 000 arrestations. Amy Dia a rendu hommage à Papito Kara et a rappelé la mémoire d’autres victimes comme François Mancabou, mort en détention en 2022, et Pape Mamadou Seck, un ancien détenu politique décédé récemment des suites d’une longue maladie contractée en prison.
Son appel à la « vérité sur les morts, les blessés et les disparus » résonne avec les demandes persistantes des collectifs de victimes et des organisations de défense des droits humains, pour qui les aides financières versées restent insuffisantes en l’absence d’un véritable processus judiciaire.
Aziz WATT