A l’image des vendeurs de poulets et des céréales, les gérants des moulins à mil tirent également profit de la fête de la Tamkharite. Dans ces lieux, les femmes se bousculent pour se faire moudre leur mil, céréale avec laquelle elles préparent le couscous. Des récipients contenant du mil alignés, des femmes debout ou assises sur des briques ou par terre, tel est le décor qui do mine devant les moulins à mil du marché Grand-Yoff. Ici, le bruit des machines crée un va carme indescriptible. Situé à l’intérieur du marché, le moulin de Mëssa Sine ne déroge pas à la règle. Des calebasses de mil ou de maïs accueillent les clients. Ce qui n’est pas, par ailleurs, sans gêner les passagers. Les habitués du marché sont obligés de trouver un autre chemin avec la longue file qui barre la principale ruelle serpentes.
Vêtue d’une taille-basse en Wax, la dame Adama Sall, la trentaine, attend son tour pour se faire moudre son mil d’une quantité assez importante. «Je suis là depuis le petit matin parce qu’il y a beaucoup de monde. C’est compréhensible car nous préparons tous la Tamkharite. Et la plupart sont, comme moi, des vendeuses de couscous. C’est normal que les moulins soient pris d’assaut », a-t-elle expliqué. Sortant juste du local dans lequel le moulin est logé, Seynabou Faye vient, quant à elle, de se faire moudre son mil et son maïs. Ce, après avoir patienté pendant plus d’une heure dans la longue queue. Un calvaire qu’elle nous raconte en ces termes : «je suis venue juste après la prière du matin. Malgré tout, j’ai trouvé une vingtaine de personnes. J’étais même impressionnée. J’ai dû aller déposer mes emplettes pour le repas de midi et revenir. Mais maintenant, j’ai mon mil moulu, je peux aller préparer le déjeuner».
Cette forte affluence des femmes au niveau des moulins à mil dure certes le temps des préparatifs de l’Achoura, toute fois elle fait le bonheur des gérants. Ces derniers voient ainsi leurs gains journaliers grimper de manière vertigineuse, grâce à l’augmentation de la clientèle. Très occupés, les gérants sont avares en paroles. Rares sont ceux qui ont répondu à notre sollicitation. «Je suis occupé Sokhna-si (madame), je ne peux pas parler», telle est la réponse avancée par bon nombre d’entre eux. Aly Sène s’est toutefois prêté à notre interpellation. Habillé d’un tee-shirt noir couvert de farine de mil, il se ré jouit de la ruée des ménagères vers les moulins à mil. Car, loin des 2 000 ou 5 000 F CFA qu’il encaissait d’habitude, Aly peut, avec la Tamkharite, encaisser entre 10 000 et 20 000 F CFA la journée, depuis le début de cette semaine. «Les affaires marchent cette année, parce que les coupures ont un peu diminué, ce qui n’était pas le cas ces cinq dernières années où nous éprouvions d’énormes difficultés avec les nombreux dé lestages», a-t-il déclaré. S’agissant des tarifs, les gérants réclament entre 200 et 300 F CFA pour chaque kilogramme de mil ou de maïs. Un montant jugé acceptable par les femmes interrogées qui, par ail leurs, approuvent le fait que les gérants n’aient pas haussé les prix, pour mieux profiter de la fête.