Inculpé puis placé sous mandat de dépôt sur la base des révélations contenues dans un rapport de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), l’affaire Tahirou Sarr illustre avec acuité les paradoxes de la justice financière au Sénégal. L’homme d’affaires avait pourtant déjà consigné une somme d’argent significative dans le cadre du dossier, sans pour autant, bénéficier d’une liberté provisoire à l’image d’autres personnes inculpées. Ce qui interroge sur la cohérence et le timing des poursuites engagées contre lui.
L’OMBRE DES ACCUSATIONS
Connu du grand public sous le nom de Tahirou Sarr, Seydou Tahirou Sarr s’est longtemps illustré comme un homme d’affaires respecté. Réputé pour son intégrité et ses relations cordiales avec le monde politique, il bénéficiait également de la confiance des institutions financières, qui voyaient en lui un entrepreneur fiable et rigoureux dans le respect de ses engagements.
Mais aujourd’hui, le nom de Tahirou Sarr apparaît au cœur d’un scandale judiciaire retentissant. Il est inculpé pour association de malfaiteurs, escroquerie et blanchiment de capitaux, portant sur un montant de 91 milliards de francs CFA. D’autres affaires viennent noircir le tableau, certaines liées à des rapports de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), faisant état de sommes atteignant jusqu’à 125 milliards de francs CFA.
Le 28 février 2025, Tahirou Sarr est placé sous mandat de dépôt. Ses comptes bancaires sont gelés, ses biens saisis. Malgré plusieurs demandes de liberté provisoire et la proposition d’un cautionnement mixte incluant des biens immobiliers et un dépôt numéraire, la justice reste inflexible. Pourtant, les garanties proposées excédaient le montant initialement reproché. À titre d’exemple, un précédent cautionnement s’élevant à 394,4 milliards de francs CFA avait déjà été consigné par le directeur de SOFICO, conformément aux exigences de l’article 140 du Code pénal.
UNE DÉFENSE QUI S’ORGANISE
Après ce premier rejet injustifié, la défense s’organise autour de Me Seydou Diagne et d’un collectif d’avocats expérimentés. Une nouvelle demande de liberté provisoire, déposée par les robes noires et, cette fois, accompagnée de garanties évaluées à 31,9 milliards de francs CFA, a récemment été acceptée. Ces garanties se répartissent ainsi :
Trois titres fonciers situés à Rufisque :
TF n°700/R : 13 milliards francs CFA
TF n°92/R : 5 milliards francs CFA
TF n°5281/R : 2,6 milliards francs CFA
Un dépôt numéraire de 11 milliards francs CFA, consigné à la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC)
Ce nouveau dispositif porte ainsi le total des garanties à 426,3 milliards de francs CFA. Pourtant, la demande de mise en liberté pour l’homme d’affaires n’a toujours pas reçu l’aval du juge. Une situation qui interroge, d’autant plus que d’autres mis en cause, ayant présenté des garanties moindres, dans le cadre de la reddition des comptes, ont obtenu leur remise en liberté. De quoi alimenter les interrogations sur une possible disparité dans le traitement judiciaire des dossiers.
SOUTIENS RELIGIEUX ET MOBILISATIONS LOCALES
Cette affaire dépasse le cadre judiciaire. Des figures religieuses influentes comme Cheikh Modou Kara Mbacké appellent à la clémence, à condition que les mis en cause remboursent les sommes incriminées. Des délégations politiques et spirituelles du Fouta se mobilisent, priant pour la libération de « leurs fils », Tahirou Sarr et Farba Ngom, tous deux connus pour leurs contributions au développement de la région de Matam.
L’affaire Tahirou Sarr continue de susciter débats et interrogations. Entre les montants colossaux en jeu, les décisions judiciaires controversées et les enjeux politiques en toile de fond, ce dossier cristallise les tensions autour de la transparence et de l’équité du système judiciaire. Alors que la défense maintient son combat juridique, l’opinion publique observe, partagée entre suspicion et attente de vérité. La suite de la procédure sera déterminante, non seulement pour l’homme d’affaires, mais aussi pour l’image de la justice dans un contexte où chaque décision est scrutée à la loupe.L’audience du 4 fixée au 4 juin s’annonce plus que décisive.