Le Synpics à travers son communiqué a commis plus qu’un CRIME. Il a commis UNE FAUTE DE GOUT. Celle d’être allé au secours des pires fossoyeurs de notre métier, le jour anniversaire du décès de Babacar Touré, dont la Maison de la Presse s’enorgueillit de porter le nom.
Entendons-nous bien. Il est clair que ça m’écorche la bouche d’évoquer des personnes que je ne connaissais point, ne fréquentant pas ces « zéros sociaux » où la haine qui court aujourd’hui dans nos sèves nationales s’abreuve et se déverse, comme un torrent d’excréments dont se repaissent ces charognes avides d’ignorances célébrées avec la fierté du couillon satisfait.
Ils sont trois en détention provisoire…et encore présumés innocents. Mandoumbé Diop alias « Lamignou Darou », Oustaz Thiep, Ndiaye Touba. On a les sobriquets qu’on mérite. Chroniqueurs sur Fegnal Digital. Militants assumés de PASTEF. Arrêtés lundi par la DSC pour « offense au Président ». Dans une vidéo, ils prient pour que le « plus grand traître du pays » fasse une paralysie. Tout le monde a compris de qui il s’agissait.
Et là, paf, le SYNPICS sort un communiqué. Il dénonce « l’irruption des forces de l’ordre dans un organe de presse ». Et depuis mercredi, la profession se déchire. Moi je m’étonne qu’il y ait débat.
NON, TOUT LE MONDE AVEC UN MICRO N’EST PAS JOURNALISTE
Soyons sérieux 2 minutes. Avoir un compte YouTube ne fait pas de vous un journaliste. Crier dans un micro ne fait pas de vous un chroniqueur. La chronique est un genre journalistique. Elle exige du travail, de la vérification, du recul. N’est pas chroniqueur qui veut. Ceux qu’on a arrêtés ne sont pas des reporters. Ce sont des militants. Et c’est leur droit. Mais qu’ils assument leur statut de militant. Qu’ils ne viennent pas se cacher derrière la carte de presse quand ça chauffe. Le SYNPICS a voulu défendre « le milieu ». Erreur.
En voulant protéger tout le monde, il a protégé n’importe qui. Et il a insulté les vrais : ceux qui se lèvent à 4h du matin, qui vérifient 3 fois une info, qui se font menacer pour un article. Comme le dit Diatou Cissé : « Il est inadmissible de conférer, même par déduction, la dignité de journaliste à des insulteurs patentés ». Elle a raison.
LA LIBERTÉ DE PRESSE N’EST PAS LA LIBERTÉ D’INSULTER
Oui, la presse doit être libre. Même quand elle dérange. Surtout quand elle dérange. Oui, les interpellations dans un organe de presse posent question. Le SG du SYNPICS, Moustapha Cissé, a raison sur un point : il faut un cadre. Mais la liberté n’est pas un chèque en blanc. La liberté s’arrête là où commence la diffamation. Là où commence l’appel à la violence. Là où commence l’injure.
Prier pour la paralysie d’un homme, Président ou pas, ce n’est pas une « opinion ». C’est de la haine. Et la haine n’a rien à faire dans une rédaction. Ni dans une mosquée. Ni dans une rue.
On veut une presse forte ? Alors commençons par une presse propre. Une presse qui respecte ses auditeurs et ses lecteurs. Qui ne prend pas les gens pour des idiots.
MON CREDO : Le respect de mes lecteurs et auditeurs et ne jamais insulter leur intelligence.
MON CHOIX EDITORIAL : Toujours préférer être le DERNIER à DIRE LA VÉRITÉ… Plutôt que le PREMIER à DIRE UNE CONNERIE…
C’est ça la déontologie. Et ça ne s’apprend pas au CESTI. Ça s’apprend à la maison. Ça s’appelle l’éducation.
METTRE DE L’ORDRE OU MOURIR
La presse sénégalaise est malade. Malade de précarité. Malade de politisation. Malade de YouTubeurs qui confondent buzz et information. Aujourd’hui on a des « médias » qui sont de simples caisses de résonance d’un parti. Des gens qui ont mis leur honneur au service de l’ascension d’un homme. Et quand on leur dit quelque chose, ils crient à la censure, au complot. Qu’il a bon dos ce complot ! Il sert d’alibi à tous les dérapages. Aux escrocs, aux activistes, aux diplomates fainéants. « On m’arrête parce que je suis contre le complot ». Non. On t’arrête parce que tu as insulté.
La presse a été au cœur de nos conquêtes démocratiques. Avec Babacar Touré, Mame Less Camara, Diatou Cissé. Des gens irréprochables. Des pros. Soucieux d’équilibre et de vérité.
Aujourd’hui certains veulent « mbalaxiser la pensée ». Faire du bruit. Faire du clash. Et ils veulent en plus qu’on leur tende le micro au nom de la diversité. Non. Le rôle du journaliste, ce n’est pas de véhiculer des éléments de langage. C’est de donner la parole à tous, oui. Mais aussi de dire quand c’est faux. Quand c’est dangereux. Quand c’est bas.
ENTRE LIBERTÉ ET RESPONSABILITÉ
Je ne défends pas l’arrestation musclée. Je défends le débat. Mais je refuse qu’on mélange tout. On ne peut pas demander le respect de la liberté de presse le lundi, et cracher sur le Président le mardi, et réclamer la carte de presse le mercredi. Il faut choisir. Soit on est militant. Et on assume. Soit on est journaliste. Et on respecte une éthique.
Une presse divisée, à la remorque des réseaux sociaux, entre clans et coteries, contribue fatalement à l’ensauvagement de la société et à la fin de la démocratie. Le SYNPICS a eu tort sur la forme. Mais il a raison sur le fond : mettons de l’ordre. Faisons le ménage chez nous avant que l’État ne le fasse pour nous. Parce que le plus grand danger pour la presse, ce n’est pas la DSC. C’est nous. Quand on laisse des usurpateurs vider la corporation de toute son essence.
Mon Plaisir de journaliste est simple : DECIDER LORSQUE L’ON ME MONTRE L’EVIDENCE… DE REGARDER AILLEURS.
L’évidence est là. À nous de voir.
Jean Pierre Corréa