Le savoir-faire culinaire de la femme sénégalaise n’a pas d’égal en Afrique. Les Sénégalais se glorifiaient de cette belle réputation. Cependant, depuis quelque temps, il semble que la donne a changé. La plupart des femmes sénégalaises sont taxées d’être de mauvaises cuisinières.
Comme s’ils se sont passés le mot, nos interlocuteurs estiment que, ‘’les femmes ne savent plus faire la cuisine’’. Leur réponse est automatique. Qu’est-ce qui a changé ? Pourquoi la cuisine n’est plus la particularité des sénégalaises ? Pour ces mamans, Ndella NDIAYE et Seynabou GUEYE, avant de parler des femmes, il faut d’abord aborder l’attitude des jeunes dans les maisons. « Les filles ne veulent plus rien faire. Pour elles, s’occuper de la cuisine et des tâches ménagères n’est plus de leur ressort. Elles ne pensent qu’à se faire belles et sortir. Les filles sont tout le temps dehors et sur les réseaux sociaux », constatent-elles avec peine.
Selon Ndella NDIAYE, les filles n’apprennent pas la cuisine parce qu’elles pensent avoir toutes des maris hyper riches et qu’elles auront des aides ménagères qui s’occuperont de leurs maisons. « C’est un bon rêve. Nous, les mamans, nous voulons que nos filles aient de bons maris mais, une femme doit savoir cuisiner et s’occuper de sa maison », insiste-t-elle.
Sa voisine assise à côté d’elle, lui emboîte le pas. Habillée d’une robe voile fleurette de couleur verte, Seynabou estime que les filles pensent que seule la beauté fait le bonheur dans un ménage. Alors que pour elle, un homme doit être comblé par la cuisine de sa femme. « Les hommes adorent plus la cuisine de leurs épouses que celles des autres. Les femmes d’aujourd’hui ne calculent pas les préférences de leurs maris », renseigne-t-elle. Pour éviter de faire la cuisine, certaines femmes optent pour les appartements afin d’y vivre seule avec leur époux, loin des jugements de la belle famille. Loin de la famille large, elles ne seront pas obligées de préparer chaque jour ou de temps en temps les repas, avance la dame. « Certaines vous diront que ‘’ba commandé amé batay ken sonoul’’, signifiant tout bonnement « plus personne ne se fatigue depuis qu’il y a possibilité de commander ». « Elles jouent avec leur mariage. Pour elles, à part se faire belle, tout est futilité dans une union », ajoute-t-elle. Poursuivant, elle adjoint que les hommes courtisent d’autres filles pour leurs bons plats. Pour combler leur manque, il y en a qui épousent leurs aide–ménagères, renseigne Seynabou qui valide leur choix.
Une femme cordon bleu, le bonheur d’un homme
Très jovial, Alioune DIAGNE ne cessait d’interrompre les mamans quand elles répondaient à nos questions. Visiblement, c’est un homme comblé. « C’est bon d’avoir un cordon bleu à la maison. Je ne mange que chez moi, quand je suis à Dakar. Ma femme cuisine bien. Pourtant, elle travaille, mais le soir, elle nous fait de bons plats lors du diner. Le week-end, elle se charge des repas. Les autres jours, la bonne s’en occupe », déclare Alioune DIAGNE avec fierté.
Ce bonheur n’est pas partagé par tous les hommes. Refusant de répondre à nos questions, ce jeune homme, en pleine discussion avec ses copains, est nargué d’avoir épousé une femme qui ne sait pas cuisiner, par ses copains.
De taille moyenne, teint noir, nous rencontrons Rama TOURE chez le vendeur de viande à Tableau Tivaoune, un quartier sis dans la commune de Diamaguène-Sicap Mbao. Elle achetait de la viande pour la sauce du couscous du vendredi. Elle n’est pas allée à sa boutique, alors, elle gere sa cuisine. Cependant, nous confie-t-elle, elle n’a pas toujours le temps à faire cela. « J’aime faire la cuisine. C’est pour moi l’une des forces d’une femme dans son foyer. Mais, mon activité ne me permet pas de m’en occuper tous les jours. Cependant, chaque week-end, je gère mon petit coin, la cuisine. On dit que les femmes ne savent plus cuisiner mais, les temps ont changé. Elles savent en faire mais, c’est le temps qui fait défaut », avance Rama TOURE, mère de quatre enfants et commerçante. Pour elle, les hommes devraient aussi apprendre à faire des plats pour eux-mêmes. « Les temps ont changé et les sénégalaises doivent refuser d’être uniquement bonnes qu’en cuisine. Nous devons nous soucier de notre avenir. De notre vie professionnelle. Les hommes ne gèrent plus les foyers correctement. Ils n’assument pas leur rôle et veulent que l’on se décarcasse pour les rendre heureux », insiste Rama.
L’importance du dressage
Les hommes et les mamans décrient le manque de savoir-faire culinaire des femmes au moment, où ces dernières pensent à leur vie professionnelle, à l’épanouissement de leur famille et surtout à leur corps.
Il est important de savoir cuisiner. Cependant, savoir aussi comment dresser son plat n’est pas à négliger. Le dressage donne de l’appétit. Et, Aïcha DIALLO se dit-être une experte du dressage. Pour elle, un plat peut être aussi bon mais, sans un bon dressage, les gens ne mangeront pas. « Je ne sais pas cuisiner mais j’adore faire le dressage. Je suis meilleure dans ce domaine. La bonne cuisine et je m’occupe à bien dresser la table et à harmoniser les couleurs, veiller sur l’emplacement de la viande, du poisson… Je mets de la hauteur dans le plat », explique Aïcha, trouvée dans une table en train d’acheter les condiments pour le repas.
« Je ne sais pas cuisiner et après ? »
Epouse, mère de famille, Adji NDIAYE, nom d’emprunt, est responsable des ressources humaines dans une entreprise de la place. Très coquette, la jeune femme prend soin de sa famille. Cependant, pour cette sénégalaise bon teint, le bonheur familial ne se repose pas sur les bons mets.
« J’ai la trentaine. Je suis mariée et j’ai trois enfants, un garçon et deux filles. Je suis bien financièrement, mon mari aussi. J’ai un homme qui m’aime. Je suis épanouie dans ma vie de couple. Je ne sais pas cuisiner mais, cela n’a jamais été une source de problèmes entre mon conjoint et moi. Cependant, ma belle-famille ne supporte pas cela. Pour elle, je ne suis pas bonne pour leur fils car, je ne sais faire que de petits plats. Alors que la réussite d’un mariage ne se limite pas à la cuisine. Je n’ai jamais vécu avec la belle-famille. Mais, je passe les fêtes là-bas. Je n’ai pas honte de dire que, je ne sais pas faire la cuisine. J’ai des cuisinières qui s’occupent de cela. Sinon on va au restaurant avec les enfants et tout le monde est content. Quand les bonnes sont absentes durant les grandes fêtes, je fais appel aux restaurants. Rien n’est difficile dans ce monde. Il faut savoir profiter des petits instants qu’on a avec les enfants. »
La cuisine n’est plus un souci pour les femmes dans leur foyer. Ces dernières, pour s’en passer, font appel à des services traiteurs ou laissent cette tâche à leurs aide-ménagères. Quant aux autre, elle font tout simplement des commandes dans les restaurants pour le repas familial.
Fanta DIALLO BA