La conférence de presse de Pape Thiaw a pris des allures de grand oral de rentrée. Face aux journalistes, le sélectionneur national ne s’est pas caché derrière des formules convenues pour justifier l’absence de plusieurs cadres historiques dans sa liste pour le Mondial 2026. Des champions d’Afrique comme Boulaye Dia, Habib Diallo, Mamadou Lamine Camara ou encore Ousseynou Niang resteront à quai. Mais c’est surtout le cas du défenseur lensois Malang Sarr, annoncé avec insistance dans la pré-liste depuis des semaines, qui cristallisait toutes les attentions.
Le technicien sénégalais a répondu avec une franchise empreinte d’humanité. Il a d’abord tenu à saluer la saison du joueur de Lens, révélant avoir eu deux entretiens téléphoniques avec lui. « La deuxième, c’était pour le féliciter de vive voix, parce que figurer dans le onze type de Ligue 1, ce n’est pas rien », a confié Thiaw. Mais le costume de sélectionneur ne pardonne aucun état d’âme. « Il y a un côté difficile parce qu’on a de l’affection pour certains joueurs. Mais quand je mets le costume du coach, c’est un autre Pape Thiaw, parce que j’avais mes certitudes », a-t-il tranché, assumant la froideur clinique du technicien derrière la sympathie de l’homme.
Face aux incertitudes défensives qui planent sur la Tanière, entre la blessure de Kalidou Koulibaly et le temps de jeu famélique de Mamadou Sarr, beaucoup voyaient en Malang Sarr la solution d’équilibre idéale. Pourtant, le sélectionneur a préféré s’appuyer sur ses hommes de confiance. Un choix fort qu’il refuse de présenter comme un désaveu définitif. « Il a fait une bonne saison, mais des choix ont été faits. Après, on ne sait jamais dans le football, car il est dans la liste des réservistes », a-t-il nuancé, laissant une porte entrouverte.
Serein, Pape Thiaw a défendu la logique interne de son groupe final de vingt-huit, bientôt vingt-six. « C’est un groupe équilibré et bien pensé pour répondre aux exigences de cette Coupe du monde, intense et très longue », a-t-il martelé. En écartant des talents confirmés par pur souci de cohérence tactique, le patron des Lions a envoyé un message limpide : le temps des sentiments est révolu. À lui désormais de transformer ses certitudes en victoires, seul verdict qui légitimera l’audace de ses oublis.
Aziz Watt