Au Sénégal, de milliers d’enfants « talibés » continuent d’être victimes de maltraitance, torturés par les maitre coraniques ou exploités par certaines personnes à des buts économiques. Une problématique persistante dénoncée par le SOS villages d’enfants de Fatick qui a organisé une séance de sensibilisation ce Samedi 20 avril, à l’occasion de la journée nationale dédiée aux enfants talibés.
La banalisation de la violence subie par les talibés et la pression exercée par les associations de maîtres coraniques fait régner une certaine impunité. Malgré une législation nationale et la ratification de conventions internationales condamnant la traite des enfants notamment, les poursuites sont rares. Elhadji Cheikh Gueye, Directeur des SOS villages d’enfants à Fatick à profite de cette journée des enfants talibés pour dénoncer cette maltraitance « Les enfants talibés sont des élèves de l’école coranique, souvent envoyés par leurs parents à la ville pour étudier sous la tutelle d’un maitre coranique pour y recevoir une éducation. Cependant la plupart sont exploités. Ils subissent des violences ou sont utilisés par d’autres personnes dans la rue à des fins d’exploitation », a regretté M. Gueye qui interpelle le préfet de Fatick à prendre des dispositions afin de mettre fin à ces manœuvres malsaines.
Malgré une stratégie nationale de protection de l’enfance adoptée en 2013, l’insuffisance des moyens alloués rend celle-ci inefficace. L’occasion pour Sokhna Astou Ba, présidente de l’association « Ndeyi Daara » (mères des daaras) d’inviter les parents d’élèves à s’impliquer financièrement dans la formation de leurs enfants « Quand on confie son enfant à quelqu’un pour son éducation, on doit le suivre de temps en temps, s’enquérir de son état d’existence. Malgré la volonté d’établir ces enfants dans les meilleures conditions possibles, les maitres coraniques ne disposent pas de tous les moyens pour subvenir aux nombreux besoins de ces talibés », a-t-elle lancé.
A travers son projet « Children for change », un programme financé par la Belgique, l’association SOS villages d’enfant en collaboration avec 19 daaras composés de 670 enfants, a entamé un plan d’actions depuis l’année 2022, dans le but d’améliorer la capacité de résilience et d’autonomisation des enfants. « C’est de notre rôle d’offrir à ses enfants un meilleur cadre de vie en assurant leurs besoins nutritionnels et sanitaires. Le projet Children for change s’inscrit également dans un cadre de modernisation de l’apprentissage coranique avec l’instauration de la langue française dans la formation des enfants talibés », a confié M. Gueye.
La journée dédiée aux enfants talibés, célébré ce samedi 20 avril, fut aussi l’association des “Ndeyu daaras” de Fatick d’organiser une séance de plaidoirie afin d’interpeller les autorités gouvernementales ainsi que les parents pour qu’ils prennent des mesures permettant de mettre fin à l’exploitation des enfants talibés au Sénégal.