Justice et populisme : échange tendu entre le président sortant de l’UMS et le député Pastef Amadou Bâ
Alors qu’il s’apprêtait à passer le flambeau à son successeur, Cheikh Bâ, élu ce samedi à Dakar, le président sortant de l’Union des magistrats du Sénégal (UMS), Ousmane Chimère Diouf, n’a pas mâché ses mots face aux critiques récurrentes visant la magistrature. Dans un discours d’adieu repris par Walf Fadjri Quotidien, il a dénoncé les attaques systématiques contre l’institution judiciaire, tout en réaffirmant l’indépendance des juges face aux pressions politiques.
Une magistrature sous tension ?
« Si la critique est un droit démocratique et un moteur de progrès, elle devient problématique lorsqu’elle s’accompagne d’attaques systématiques visant à délégitimer le travail des magistrats », a déclaré Ousmane Chimère Diouf. Son intervention faisait notamment écho à la récente décision du Conseil constitutionnel invalidant un article du règlement intérieur de l’Assemblée nationale autorisant la convocation de magistrats par les députés.
Le juge Diouf a rappelé avec fermeté que « les principes qui régissent [leur] profession sont incompatibles avec le populisme ». Citant la décision n°2C-2025 du 24 juillet 2025, il a souligné que certains alinéas de l’article 56 du règlement intérieur de l’Assemblée étaient contraires à la Constitution. « Un règlement intérieur, même sous forme de loi organique, ne peut modifier ni contredire la Constitution », a-t-il martelé, selon Walf.
Réactions contrastées du pouvoir politique
Cette sortie n’est pas passée inaperçue. Le ministre de la Justice, Ousmane Diagne, présent lors de la cérémonie de passation, a appelé à la nuance : « Il ne faut pas confondre critique et discrédit », a-t-il déclaré, cherchant à apaiser les tensions.
En revanche, le député Pastef Amadou Bâ, membre de la majorité, a réagi vivement sur Facebook, qualifiant les propos du magistrat de « politiques, contreproductifs et totalement inopérants ». Pour lui, qualifier le travail législatif de « populisme » est une attaque infondée qui nuit au dialogue institutionnel.
Le parlementaire a insisté sur le respect de la séparation des pouvoirs, affirmant que chaque institution doit exercer « la plénitude de ses compétences constitutionnelles ». Une réponse qui illustre les tensions persistantes entre le pouvoir judiciaire et le législatif au Sénégal.
Un débat qui dépasse les personnes
Au-delà des échanges musclés, cette polémique soulève des questions fondamentales sur l’équilibre des pouvoirs et la place de la justice dans un État de droit. Alors que certains y voient une nécessaire protection de l’indépendance des magistrats, d’autres estiment que le contrôle parlementaire est légitime dans une démocratie.
La succession de Cheikh Bâ à la tête de l’UMS s’annonce donc sous le signe d’un dialogue institutionnel tendu, où la défense de l’autonomie judiciaire devra composer avec les réalités politiques. Un défi de taille pour le nouveau président, qui hérite d’un héritage aussi prestigieux que conflictuel.
Aziz Watt