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KEUR SAMBA LAOBÉ, DEVENU MADINATOUL SALAM Un village au cœur d’un litige historique…

Situé à l’entrée de la commune de Mbour et à gauche du croisement de Saly, Keur Samba Laobé est un village qui dépend de la commune de Malicounda. Il fait partie des premiers patelins installés dans le département de Mbour. Baptisé ‘’Madinatoul Salam’’ par le guide des thiantacounes, feu Cheikh Béthio Thioune, les petits- fils de Samba Laobé Diop ont toujours réclamé la réhabilitation de l’histoire du village. Malgré sa notoriété, Keur Samba Laobé vit dans des difficultés de boulimie foncière.

Loin d’être une destination paradisiaque, il est une terre de ‘’bërndé’’ où règne les thiant Dépeint comme une terre de paix, cette quiétude est actuellement mis à rude épreuve. Le chef de canton de Mbayard Nianing, Samba Laobé Diop, a fondé en 1900 ce patelin, d’où son
nom : Keur Samba Laobé. Dès sa nomination, ce dernier a été affecté à Mbour où résidaient des Sérères. Homme charismatique qui savait s’imposer, Samba Laobé faisait peur aux colons. En effet, les colons ont senti, à sa sortie de l’école des fils de chefs, que s’ils le laissaient au Kadior, il risquait de ramener la royauté. Samba Laobé était un virtuose de l’art oratoire et il dégageait une forte personnalité. Selon son petit-fils, ses directives étaient appliquées à la lettre. Personne n’osait le contredire. Il faisait preuve d’un sacré tempérament et ce, dès son bas âge. C’est pour l’empêcher de sévir d’ailleurs qu’il fut envoyé à Mbour, alors qu’il est originaire du Cayor où il a vu le jour en 1880. Il ne parlait que le wolof ; une barrière linguistique se dressa alors entre lui et ses administrés. Dans sa ville d’affectation, des bureaux lui furent affectés.  C’est là où se trouve l’actuelle maison de feu Serigne Saliou, au quartier de Thiocé-Est, sur l’avenue Sana Daffé. Samba Laobé Diop est arrivé à son lieu d’affectation avec sa famille, ses serviteurs et son griot Kouly Thioune, père de feu Cheikh Bethio Thioune, guide des thiantacounes. Samba Laobé Diop, dignitaire sénégalais, avait une cour assez animée tous les soirs et il y organisait ce qu’on appelait ‘’Ngonal’’.  ‘’ Le colon n’aimait pas trop être dérangé. Il lui a alors suggéré de chercher un lieu de résidence éloigné du sien.

Après avoir marché jusqu’à la sortie de Mbour, il s’est arrêté un moment, au beau milieu d’une forêt. Les marabouts ‘’ceedos’’ qui l’accompagnaient lui suggérèrent de construire sa maison sur cet espace qu’il appellera, par la suite, Keur Samba Laobé. Il y érigea alors sa demeure et y aménagea‘’, raconte un des petits-fils de Samba Laobé, Béthio Amar Diop dit ‘’Baye’’. A sa naissance, le village comptait la maison de son fondateur, celle du griot Kouly Thioune et un cimetière, soutient Béthio Amary Diop. Samba Laobé Diop a vécu sur cette terre où il s’était installé jusqu’à sa mort, en 1933.En 1960, le père de Béthio Amary Diop reconstitue le village pour qu’il ne disparaisse pas, après la mort de son frère Samba Laobé. Jusqu’en 1980, Keur Samba Laobé n’était constituait que de deux maisons. Aujourd’hui, le lieu est très bien habité. Et il est rattaché au village de Keur Meissa Faye, distant de 4 à 5 km.

KEUR SAMBA LAOBÉ OU MADINATOUL SALAM ?
Un jour, le maréchal Pétain avait invité en France Samba Laobé Diop avec tous les chefs indigènes. Il a alors décidé d’emmener Kouly Thioune. Mais avant de partir, il a demandé qu’on appelle son enfant à naître Béthio, qu’il soit garçon ou fille. Cet enfant était Cheikh Béthio Thioune. Il était le quatrième enfant de Kouly Thioune. Béthio, dans l’ancien royaume du Waalo, est le titre que portaient le‘’Kangaam ‘’du brack. Le béthio était un personnage très influent dans l’entourage du roi du Waalo. A l’arrivée de Béthio Thioune, les héritiers de Samba Laobédécidèrent de lui ouvrir grandement leurs portes. Il y vivait avec des centaines de ses talibés. Ici, la plupart des maisons ne sont pas des titres fonciers. Les propriétaires des maisons ne disposent d’aucun papier administratif. Même les maisons qui ont été offertes à des talibés de Béthio n’ynéchappent pas. Lat Diop, petits-fils de Samba Laobé avait facilité l’acquisition de 25 hectares à Cheikh Béthio. Parcelles qu’il aurait offertes à ses talibés. Les actes de toutes les délibérations de 1981 à aujourd’hui portent le nom de Samba Laobé.

Madinatoul Salam n’existe que de nom. Sur les délibérations, il est clairement écrit Keur Samba Laobé. Terre d’hospitalité, avant les talibés de feu Cheikh Béthio Thioune, ce sont des refugiés bissau-guinéens qui y furent accueillis en premier, était en 1981. Une parcelle de terre leur a été octroyée à leur arrivée. Un financement des Nations Unies permit à ces réfugiés de s’installer et de s’intégrer. Cinquante hectares ont servi pour la construction des maisons, 25 ha pour des activités de maraichage, 175 ha pour les récoltes hivernales. Un volet pêche a été aussi mis en place. Tout cela pour permettre aux Bissau-Guinéens de s’épanouir. Samba Laobé continua à grandir, puis des Peulhs sont venus s’y installer. Les problèmes fonciers ont commencé à survenir. Plusieurs bagarres ont éclaté.

RISQUES D’AFFRONTEMENTS
Dans le village, il y a une route qui sépare la demeure de Samba Laobé de celle de Béthio Thioune. La maison de ce dernier fait 7 hectares ; plusieurs appartements y sont construits. Depuis quelques jours, la population est en alerte. Les disciples de feu Cheikh Béthio crient au scandale. Ils denoncent l’accaparement de leurs terres. Cheikh Bethio Thioune avait acheté plusieurs hectares avec l’argent provenant des adiyas de ses disciples. Il l’avait loti et attribué à ses talibés depuis 2007. Le mode d’attribution était très bien défini par le Cheikh. Il avait mis en place une commission d’attribution composée de ses talibés. Il disait Je n’attribue ces terres qu’à mes talibés. Le mode d’attribution était identique, que ce soit pour ses épouses, ses enfants et ses talibés. À chaque attribution, il donnait des ordres à l’équipe domaniale pour affecter une parcelle à un talibé. La parcelle identifiée sous un numéro bien précis est inscrite sur un registre tenu par ladite commission sous le lotissement initial jamais égalé explique Abdoulaye Maal, secrétaire général du Collectif pour l’émergence de Madinatoul Salam. Selon lui, Madinatoul Salam a été l’objet d’un plan de lotissement initial de 3 205 parcelles de 500 m² ou un nombre total de 6 410 parcelles de 250 m² où réside une population de plus 15 000 habitants. Après avoir mis en valeur ces terres, depuis presque 17 ans, nous y habitons. Nous sommes aujourd’hui profondément troublés par une usurpation de nos terres. En 2020, le maire de Malicounda avait initié un recensement avec l’implication des différents services départementaux de Mbour (Cadastre, Urbanisme, DSCOS, gendarmerie, commission domaniale de la mairie ainsi que la population de Madinatoul).

Ainsi, leurs terres seraient accaparées par des prédateurs fonciers. Le litige s’articule autour de plus de 1 500 parcelles sur un nombre de 3 425 parcelles recensées. Le collectif accuse le maire Maguette Séne de delivrer des actes administratifs. Les lotissements sont superposés, et le collectif accuse aussi un certain Gorgui Youm. Ils ont loti des parcelles de 300 m² pour vendre les terrains à des particuliers avec actes administratifs, là où aucun arrêté n’a été sorti pour annuler le lotissement initial. À noter également parmi ces criminels fonciers un nommé Mor Fandang dénonce le collectif. Aujourd’hui, la population est menacée de déguerpissement, d’arrestation, de démolition, d’arrêt des travaux, sur le seul fait que leurs terrains initialement attribués par le cheikh font l’objet d’un second lotissement. Face à cette injustice manifeste, le collectif interpelle le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Il lui demande d’intervenir et d’engager les mesures nécessaires afin de mettre un terme à cette nébuleuse. Suite à cet appel, la population de Kokaye village voisin de Keur Samba Laobé a apporté des précisions contre toutes les accusations portées contre leur fils Gorgui Youm. "Les héritiers de Cheikh Béthio n’ont jamais réclamé quoi que ce soit à Malicounda Kokaye. Ils savent que Cheikh Béthio n’a aucun parcelles à Malicounda Kokaye.

Des gens qui se réclament propriétaires et qui n’ont aucun papier. S’il y a quelqu’un qui réclame une parcelle et qui a des papiers nous lui laisseront la parcelle. Nous voulons la paix. Mais s’ils nous appellent au conflit, nous allons répondre. Nous ne sommes pas des peureux, nous répondrons coup par coup. Sur le domaine que nous avons Ils n’ont pas à réclamer une parcelle. Des constructions ont été faites sur nos propres parcelles. Nous sommes nés ici, Cheikh Bethio n’a jamais eu des lopins de terres ici. Il a acheté et nous savons ce qu’il avait acheté. Madinatoul Salam c’est le nom d’un lotissement. Toutes les constructions érigées sur nos terres vont sauter. Mako mom Cheikh Béthio moma ko mayonn, c’est trop facile (Dire que ça m’appartient parce que c’est Cheikh Béthio qui me l’avait offert, NDLR). Qu’ils apportent les papiers et on passe à autre chose prévient Bacary Faye, notable du village de Malicounda Kokaye. En tout état de cause, les autorités devraient prendre très rapidement leur responsabilité pour régler ce problème avant que l’irréparable ne se produise.

Clotilde Arame DIAGNE, Correspondante MBOUR

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