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« La justice a reculé en termes d’image » : le député Thierno Alassane Sall dresse un réquisitoire cinglant contre le ministère de la Justice

Lors du débat budgétaire, le député Thierno Alassane Sall a lancé une critique frontale contre le fonctionnement de la justice sénégalaise. Évoquant des déclarations du Premier ministre, des procédures abusives et des affaires de corruption, il a dénoncé une perte d’indépendance du pouvoir judiciaire et mis en garde contre une défiance populaire dangereuse.

 

L’hémicycle a été le théâtre d’un discours sans concession. Intervenant sur le budget du ministère de la Justice, le député Thierno Alassane Sall a dressé un bilan sévère de l’institution judiciaire, pointant du doigt son « recul en termes d’image » et mettant en cause la plus haute autorité de l’État.

Le parlementaire a débuté son intervention en situant la source du problème au sommet de l’État. « Tout a commencé avec les autorités administratives et politiques, de l’exécutif, de même que les députés, ainsi que les citoyens lambdas », a-t-il déclaré. Il a ensuite rapporté des propos qu’il attribue au Premier ministre, accusant le Président de la République de « mettre sa main dans la justice » en orientant des dossiers selon un traitement différencié. « Si ceci existe à la tête de l’exécutif, comment un éleveur ou un cultivateur peut attendre une équité à travers la justice ? » s’est-il interrogé, qualifiant cette situation de « très grave » et estimant qu’elle « remet en cause l’indépendance de la justice, consacrée par notre Constitution ».

S’appuyant sur cette perte de crédit, le député a énuméré une série de dysfonctionnements concrets. Il a cité les interdictions de voyage prononcées à l’encontre d’opposants à l’aéroport « sans notification », en violation, selon lui, des prescriptions de la Cour suprême. « Une justice doit être élégante, elle doit respecter les citoyens », a-t-il martelé, dénonçant l’humiliation infligée aux personnes concernées.

Le traitement des affaires de corruption a aussi vivement été critiqué. « La justice attrape deux personnes dans la corruption, et condamne celui qui a été corrompu et libère le corrupteur », s’est-il indigné, ajoutant : « Je me demande dans quel pays nous sommes. Même chez les pires dictateurs ça n’existe pas. »

Son réquisitoire a pris une tonalité encore plus sombre en abordant les abus et l’impunité dans certaines zones. Évoquant un dialogue avec le ministre de l’Élevage, il a affirmé que de nombreux éleveurs, « qui n’ont pas les moyens d’aller à la justice, pensent que l’État ne les calcule même pas ». Il a rapporté le cas, selon lui emblématique, d’un jeune homme « enlevé dans les mains de la gendarmerie » dans la commune de Sinthiou Malème (Tambacounda) et « frappé jusqu’à ce qu’il perde la vie ». La clémence des peines prononcées contre les auteurs présumés – « 4 mois ou un an » – a suscité sa colère. Il a accusé les autorités administratives locales d’être complices par leur silence.

Thierno Alassane Sall a conclu par un avertissement sévère. Ces pratiques, a-t-il prédit, conduiront les citoyens à se faire justice eux-mêmes, faute de confiance en l’institution. « Et ceci aura des conséquences comme ce qui s’est passé au Mali et ailleurs », a-t-il alerté, faisant référence aux crises de légitimité étatique.

Aziz WATT

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