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Lanceurs d’alerte : la députée Awa Sonko interpelle le ministre de la Justice sur l’affaire du PRODAC et l’immobilisme de l’OFNA

L’examen du projet de loi sur les lanceurs d’alerte a donné lieu à une séance parlementaire particulièrement tendue. La députée Awa Sonko a saisi la tribune de l’Assemblée nationale pour adresser une interpellation vigoureuse au ministre de la Justice, Me Ousmane Diagne, pointant du doigt ce qu’elle considère comme un grave défaut dans le suivi des lois et la lutte contre la corruption.

Alors que les députés débattaient du projet de loi n°13/2025 visant à renforcer le statut et la protection des lanceurs d’alerte, l’élue a appelé ses pairs à une vigilance accrue envers le ministère de la Justice et l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC). Pour elle, l’adoption de textes législatifs ne suffit pas ; il est crucial d’en surveiller l’application concrète, surtout dans les dossiers sensibles.

 

Le cœur de sa critique a porté sur l’« inadmissible » absence de suites données à certaines affaires pourtant révélées par des rapports officiels. La parlementaire a cité nommément le scandale du Programme des domaines agricoles communautaires (PRODAC, un dossier emblématique qui continue d’empoisonner la vie politique sénégalaise.

« Il est urgent de situer les responsabilités de Mame Mbaye Niang, l’ancien ministre de la Jeunesse, dans cette affaire », a-t-elle insisté, estimant que la justice devait aller au bout de ses investigations pour identifier tous les responsables présumés, et non se concentrer sur une seule figure.

« Mamina Daffé ne doit pas payer seule »

Dans une déclaration percutante, Awa Sonko a lancé : « Mamina Daffé ne doit pas payer seule ». Cette phrase, prononcée dans l’hémicycle, semble faire référence à l’ancienne ministre qui a déjà été mise en cause dans cette affaire. La députée plaide ainsi pour une équité dans le traitement judiciaire et pour que toutes les responsabilités, à tous les niveaux, soient établies.

Elle a également donné une dimension politique à son intervention en affirmant que le rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) sur les irrégularités de gestion du PRODAC aurait été instrumentalisé. Selon elle, ce document aurait « contribué à écarter Ousmane Sonko de la course à la présidence en 2024 », suggérant une utilisation sélective de la justice à des fins politiques.

Un appel sous-tendu par la loi sur les lanceurs d’alerte

Cette sortie musclée intervient dans le cadre précis d’une loi destinée à protéger ceux qui révèlent des malversations. Le sous-texte de l’intervention de la députée Sonko est clair : sans une volonté politique forte et une justice indépendante et impartiale, même la meilleure des lois sur le papier restera lettre morte. Elle appelle donc à une action résolue du garde des Sceaux et de l’OFNAC pour appliquer les textes en vigueur et rendre des comptes sur les dossiers en souffrance.

Face à ces accusations, le ministre de la Justice a été contraint de répondre aux inquiétudes de la députée, dans un débat qui dépasse largement le cadre technique du projet de loi pour toucher à la crédibilité même des institutions en charge de la lutte anti-corruption.

La balle est désormais dans le camp de l’exécutif et des organes de contrôle, sommés de démontrer par des actes leur engagement à faire toute la lumière sur les affaires qui secouent le pays.

Aziz WATT

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