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Macron, la difficile ambition du chef de guerre politique en Afrique

C’est en chef de guerre contre les djihadistes qu’Emmanuel Macron avait atterri dans le Sahel en 2017. C’est en chef de guerre politique contre la Russie que le président français a en gagé son deuxième mandat sur le continent africain. Entre temps, l’armée française s’est re pliée au Niger, abandonnant le Mali aux miliciens russes de Wagner, après la Centrafrique en 2016. Jusque-là, l’armée française servait de cache-misère à une présence tricolore en déshérence sur ce continent.

Fringant et quasi insouciant en novembre 2017, à Ouagadougou, devant les étudiants burkinabés, pour sa première déclaration à l’égard de l’Afrique, Emmanuel Macron s’est tanné le cuir au cours d’un mandat de « Realpolitik africaine » qui ne l’a pas épargné: impasse militaire au Sahel, coups d’Etat au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, succession dynastique au Tchad et, au jourd’hui, guerre informationnelle contre la Russie. C’est bien l’ours russe qui a réveillé le coq gaulois dans son pré carré.

AFRIQUE-MONDE Emmanuel Macron avait large ment boudé les anciennes colo nies françaises au cours de son premier mandat, préférant ré orienter les intérêts français vers les pays anglophones et luso phones. « Macron II » a, lui, débarqué en juillet dernier au Cameroun en imprécateur des interventions de Moscou sur ce continent. D’autant que Yaoundé, « partenaire stratégique
de la France en Afrique centrale », dixitle président, avait renouvelé un accord de défense avec la Russie au mois d’avril 2022.

Une scène, parmi d’autres, du basculement d’une Françafrique devenue Afrique-Monde avec un président français venu supplier le deuxième plus vieil autocrate du continent de rester dans l’or bite de l’ex-puissance coloniale. Du temps de la guerre froide, les alliés occidentaux de la France lui laissaient gérer ses anciennes colonies et ses prébendes, pétrole ou uranium.

« TRENTE GLORIEUSES »

Et les présidents civils cooptés étaient d’autant plus francophiles qu’ils avaient été ministres dans des gouvernements français,
avant les indépendances, tel l’ivoirien Félix Houphouët-Boigny. De leur côté, les militaires avaient combattu avec l’armée française en Indochine et en Algérie, à l’ins tar du Centrafricain Jean-Bedel Bokassa. Le franc CFA des « Colo nies françaises d’Afrique » était de venu le franc de la « Communauté financière africaine » et les entreprises françaises bénéficiaient d’une rente politique, sans concurrence. Une période des « trente glorieuses » (1960-1990) exceptionnelle pour la France.

Aujourd’hui, elle continue à faire la guerre aux djihadistes comme elle le faisait à l’époque contre les soviétiques mais sans les prébendes économiques. Le président français rêvait de parler plus business que politique avec le continent, autant en anglais qu’en français, et de « replier les rétroviseurs ». Une politique supposée panser les cicatrices de l’histoire. Mais le champ mémo riel s’est transformé en boome rang avec une montée, parfois anachronique, de sentiments antifrançais.

Emmanuel Macron semble avoir compris que de continuer à intervenir seul en Afrique ne lui apportait qu’une double peine en boomerang. Quand il parle, les Africains n’entendent toujours que « la voix de son maître ». Et ses partenaires européens se présentent ensuite dans les capitales africaines comme les nouveaux anges blancs, sans cadavres dans les placards. Ils font le business pendant que la France continue à faire le gendarme…

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