Ndeye Fatou Guedel Mbodj ou la méthode au feminin: Quand le FONGIP change de pas , de ton et de tableur…
Des dirigeants qui arrivent avec des discours. D’autres avec des slogans. Et puis, Madame Ndeye Fatou Mbodj, qui arrive avec des chiffres, des procédures, et ce regard froid et méthodique de celle qui a longtemps vécu avec les colonnes “débit et crédit”. Au FONGIP, (Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires), elle ne fait pas de bruit : elle range, elle classe, elle structure. Une femme dangereuse pour les désordres installés.
Administrateur Général, oui. Mais surtout gestionnaire dans l’âme, Mme Mbodj est de cette génération de femmes cadres qui ne croient ni aux miracles ni aux improvisations. Elle croit aux bilans, aux process, aux risques calculés. Son passage de 2015 à 2023 au Port Autonome de Dakar, temple du flux et de la rigueur comptable, l’a vaccinée contre le romantisme administratif. Avant cela, la Banque Islamique du Sénégal lui avait appris une autre vertu rare dans la gestion publique : la discipline morale de l’argent.
Et puis, fait rarissime dans un pays où beaucoup dirigent sans avoir jamais risqué un franc personnel, Ndeye Fatou Mbodj a été entrepreneure. “Vide Dressing Sénégal”, puis Rafi-Ty Services, plateforme de livraison alimentaire à domicile, prix de gros, logistique de terrain : elle a connu les factures impayées, les clients pressés, les marges maigres et la sueur invisible des PME. Elle sait ce que signifie chercher un financement, frapper à une porte close, négocier une garantie. Au FONGIP, cela change tout : elle ne finance pas des dossiers, elle finance des réalités.
Socialement et politiquement, elle n’est pas restée spectatrice. En 2019, elle lance “Dolel Rewmi”, un mouvement au nom programmatique : accompagner, soutenir, pousser le pays en avant. Pas de grandes envolées idéologiques, mais une obsession : l’efficacité utile. Chez elle, même l’engagement citoyen a un tableau de bord.
Sa vision du FONGIP dérange autant qu’elle rassure. Instrument public, oui. Mais agile. Transparent. Innovant. Pas une caisse obscure, pas une administration ankylosée, mais un outil de levier économique pour les PME, les startups, les coopératives agricoles, les artisans, les femmes et les jeunes porteurs de projets à fort potentiel. En clair : l’argent public doit travailler, transpirer, produire.
Car Mme Mbodj est méthodique, et c’est précisément cela qui inquiète certains. La méthode, dans un environnement habitué au flou, est une forme de subversion. La transparence, dans un système friand d’opacité, ressemble à une provocation. Elle ne promet pas des milliards, elle promet des mécanismes. Elle ne vend pas des rêves, elle bâtit des chaînes de financement crédibles.
Au FONGIP, elle n’incarne pas seulement un leadership féminin moderne. Elle incarne quelque chose de plus rare encore : le retour de la compétence silencieuse, celle qui ne parle pas fort mais qui laisse des traces durables.
Une femme qui avance avec des chiffres là où d’autres avancent avec des slogans. Et dans le Sénégal d’aujourd’hui, c’est peut-être la satire la plus cruelle pour les imposteurs… et la meilleure nouvelle pour les entrepreneurs.
Malick BA