Une intervention militaire au Niger serait « la dernière option sur la table » pour rétablir le président renversé par un coup d’Etat Mohamed Bazoum il y a une semaine, a estimé mercredi un responsable du bloc d’Afrique de l’Ouest, dont les dirigeants ont menacé d’utiliser « la force ». « L’option militaire est la toute dernière option sur la table, le dernier recours, mais nous devons nous préparer à cette éventualité », a déclaré le commissaire de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), chargé des Affaires politiques et de la Sécurité Abdel Fatau Musah. Il a fait cette déclaration à l’ouverture d’une réunion des chefs d’état-major ouest-africains à Abuja qui doit s’achever vendredi, deux jours avant l’expiration dimanche d’un ultimatum des dirigeants de la Cédeao. Au même moment, l’évacuation expresse du Niger de ressortissants étrangers se poursuit après l’arrivée de trois avions à Paris et Rome, et doit s’achever dans la journée, selon la France. La Cédéao, présidée par le président nigérian Bola Tinubu, a imposé de lourdes sanctions à Niamey et donné aux put. MALI: schistes jusqu’à dimanche pour rétablir l’ancien président Mo hamed Bazoum, sous peine d’utiliser « la force ». En ligne avec les sanctions prises par la Cédéao, le Nigeria a coupé son approvisionnement en électricité au Niger qui dépend énergétiquement à 70% de son voisin. Une délégation de la Cédéao, conduite par le Nigérian Abdul salami Abubakar, se trouve actuellement à Niamey pour « négocier » avec les putschistes, a indiqué l’un des responsables de la Cédéao à l’ouverture de la réunion des chefs d’état-major.
Emissaire Nigérien au MaLi De son côté, la junte qui a ren versé le président Mohamed Bazoum le 26 juillet et le retient depuis, a envoyé un émissaire, le général Salifou Mody, au Mali, selon deux hauts responsables nigérien et malien. Le Mali et le Burkina Faso, pays voisins du Niger dirigés par des militaires après des coups de force en 2020 et 2022, soutiennent la junte et ont affirmé que toute intervention armée serait considérée « comme une déclaration de guerre » à leurs deux pays et entraînerait leur retrait de la Cédéao. La junte a accusé lundi la France, ex puissance coloniale, de vouloir « intervenir militairement », ce que Paris a démenti fermement. Pour l’heure, Paris et Rome évacuent leurs ressortissants et les étrangers qui le souhaitent. A la mi-journée, plus de 500 per sonnes avaient été évacuées, dont 312 Français », à bord de deux des quatre avions prévus par la France. « Les opérations d’évacuation du Niger conduites par la France touchent à leur fin », ont indiqué les autorités françaises dans un message aux quelque 1.200 Français enregistrés au Niger. Parmi les passagers, figurent aussi des Américains, Canadiens, Belges (15) Autrichiens, Allemands, Nigériens, Portugais, Éthiopiens ou encore Libanais. C’est la première évacuation massive organisée par la France dans le Sahel où les coups d’Etat se sont multipliés depuis 2020. Paris a justifié l’évacuation par les « violences qui ont eu lieu » contre son ambassade dimanche lors d’une manifestation hostile à la France, et par « la fermeture de l’espace aérien ».
CaLme à niamey La junte a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi la réouverture « des frontières terrestres et aériennes » du Niger avec cinq pays voisins (Algérie, Burkina Faso, Libye, Mali et Tchad). Le mouvement M62, à l’initiative d’une manifestation pro putschistes, a dénoncé mardi l’évacuation organisée par la France, souhaitant la suspension de certains de ses médias et appelant à un rassemblement « pacifique chaque jour » près de l’aéroport, « jusqu’au départ définitif des forces étrangères » pré sentes dans le pays. Pour l’heure « à Niamey, il n’y a -pas de tensions particulières en ville, pas de stress particulier, la population vaque à ses occupations », a décrit à son arrivée à Paris un passager qui travaillait pour l’UE au Niger. « A un moment donné, il y a eu une sensation d’insécurité, on savait que tout pouvait basculer », a témoigné, soulagée, Raïssa Kelembho, rentrée du Niger avec ses deux garçons, dont le mari est resté au Niger travailler. La France, ex-puissance coloniale dans la région et soutien indéfectible du président Bazoum, apparaît comme la cible privilégiée des militaires qui ont renversé ce dernier, dirigés par le général Abdourahamane Tiani. L’évacuation des quelque 1.500 militaires français postés au Niger n’est « pas à l’ordre du jour », selon l’état-major des armées françaises. Pas question non plus pour les Etats-Unis qui ne parlent pas de « coup d’Etat », estimant qu’il reste encore une « petite fenêtre » pour la diplomatie et le rétablis sement du président Bazoum dans ses fonctions. Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken, qui s’était rendu à Niamey en mars, a assuré par téléphone M. Bazoum du « soutien inébranlable des Etats Unis » qui rejettent « les tentatives de renverser l’ordre constitutionnel ».