La rupture entre Ousmane Sonko, Premier ministre et leader du PASTEF, et Barthélémy Dias, maire de Dakar, symbolise l’une des fractures les plus notables de la scène politique sénégalaise. Ce qui se présentait comme une alliance stratégique s’est transformé en une rivalité politique amère, alimentée par des intérêts divergents, des ambitions personnelles et des différends idéologiques.
Le 6 décembre 2024, Barthélémy Dias a été radié de la liste des députés sur demande du ministre de la Justice, Ousmane Diagne, suite à sa condamnation définitive dans l’affaire Ndiaga Diouf. Le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a annoncé le retrait de son nom de la commission parlementaire, conformément à l’article 61 de la Constitution et au règlement de l’Assemblée.
Cette radiation, perçue par certains comme une « chasse aux opposants », a été vécue par Barthélémy Dias et ses partisans comme une injustice politique. La perspective d’une destitution de son poste de maire de Dakar plane également, ce qui intensifie la confrontation. La fragilité de sa position municipale le met dans une situation délicate, face à une coalition au pouvoir qui entend affirmer son contrôle sur les institutions locales.
La rivalité entre Ousmane Sonko et Barthélémy Dias interroge sur leur capacité respective à préserver leur influence politique. Premier ministre et chef du PASTEF, Sonko dispose d’un contrôle accru sur les institutions et d’une base militante fidèle, mais sa gestion des alliances pourrait ternir son image d’unificateur. De son côté, Barthélémy Dias, bien que radié de l’Assemblée nationale, conserve son poste de maire de Dakar, un atout stratégique. S’il perd ce mandat, sa marge de manœuvre politique se réduira, limitant sa capacité à incarner une alternative crédible.
Si Ousmane Sonko parvient à faire destituer Dias de la mairie, il s’affirmera comme l’homme fort de la vie politique Sénégalaise, mais à quel prix ? se pose certains observateurs qui appelle à l’élégance républicaine. De son côté, Dias pourrait tenter de se repositionner en « victime du système », une posture qui, historiquement, a porté ses fruits dans le jeu politique sénégalais.
Cherif M. DIEDHIOU