Lancé comme l’un des plus ambitieux programmes d’infrastructures routières du Sénégal, le Programme spécial de désenclavement (PSD) est aujourd’hui au point mort. Plus d’un an après l’arrêt des travaux, les populations des zones concernées continuent de payer le prix de ce gel, tandis que les entreprises du BTP attendent un déblocage des financements. La question est désormais sur toutes les lèvres : à quand la reprise des chantiers ?
Doté d’une enveloppe de 507,7 milliards de FCFA et destiné à réaliser plus de 2 700 kilomètres de routes à travers le pays, le PSD ambitionne de désenclaver les territoires ruraux, de stimuler l’économie locale, d’améliorer l’accès aux services sociaux de base et de créer plus de 50 000 emplois. Le programme vise également à renforcer la mobilité des populations et à réduire les inégalités territoriales.
Mais ce vaste chantier est à l’arrêt depuis plus d’une année. Selon les informations rapportées par ConfidentielDakar et reprises par Dakaractu, la reprise des travaux reste suspendue à la conclusion d’un accord entre le Sénégal et le Fonds monétaire international (FMI). En attendant, les bailleurs britanniques, notamment l’Agence de crédit export du Royaume-Uni (UKEF), ont gelé les décaissements, alors même que les entreprises chargées des travaux se disent prêtes à retourner sur le terrain.
Cette situation fragilise tout un secteur économique. Les entreprises du BTP, les sous-traitants et les milliers de travailleurs qui devaient être mobilisés restent dans l’incertitude. Pourtant, le PSD repose sur un partenariat financier réunissant SF Capital, ASGC UK, UKEF et la banque japonaise MUFG, avec l’ambition de transformer durablement les infrastructures routières du pays.
Au-delà des chiffres, ce sont surtout les populations qui subissent les conséquences de ce blocage. Dans la région de Fatick, l’axe Keur Martin–Diohine–Toucar–Ngayokhème–Wakhal Diam, long de 26 kilomètres, figure parmi les tronçons inscrits au Programme spécial de désenclavement.
À Diohine comme dans les villages voisins de Toucaret Ngayokhème, les habitants continuent de faire face à d’importantes difficultés de déplacement. Pendant l’hivernage, la route devient particulièrement difficilement praticable, compliquant les déplacements quotidiens des élèves, des malades, des commerçants et des producteurs agricoles. Le désenclavement promis tarde à devenir une réalité, malgré les attentes suscitées par le lancement du programme.
Cette attente nourrit l’incompréhension des populations, qui voient leurs conditions de vie se dégrader alors que les travaux étaient censés améliorer leur mobilité et favoriser le développement économique local. Pour elles, chaque mois de retard est synonyme d’opportunités perdues.
Le PSD devait pourtant constituer un puissant levier de transformation des territoires ruraux. Son document de présentation met en avant des objectifs clairs : améliorer l’accessibilité, soutenir les activités agricoles, minières et touristiques, faciliter l’accès à l’éducation et à la santé, tout en renforçant la compétitivité de l’économie nationale.
Aujourd’hui, l’avenir du programme semble suspendu aux négociations entre Dakar et le FMI. Si un accord venait à être trouvé, il pourrait permettre la reprise des financements et le redémarrage des chantiers. En attendant, entreprises et populations restent dans l’expectative.
Une interrogation demeure : combien de temps encore les Sénégalais devront-ils patienter avant de voir reprendre les travaux du Programme spécial de désenclavement, présenté comme un moteur du développement territorial ?
El Malick