Réforme territoriale et image de l’État : le député Maguette Sène interpelle le ministre de l’Intérieur sur la cohérence des politiques de décentralisation
Lors du vote du budget de son ministère, le ministre de l’Intérieur a été interpellé par le député Maguette Sène sur les lacunes persistantes dans la mise en œuvre de la décentralisation et de la déconcentration. Ce dernier a plaidé pour une territorialisation effective des services publics, la rénovation des bâtiments de l’État et une meilleure considération des administrateurs civils.
Dans un discours structuré et ancré dans le droit, le député Maguette Sène est revenu, lors de l’examen du budget du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, sur un chantier fondamental pour l’organisation du territoire : la réforme de l’administration territoriale. Son intervention a mêlé rappels constitutionnels, constats sévères sur le terrain et attentes fortes vis-à-vis de l’exécutif. Le parlementaire a d’abord posé un principe de cohérence. « Nous plaidons chaque jour pour le renforcement de la décentralisation, nous plaidons pour les pouvoirs des acteurs locaux ; si on est cohérent dans notre démarche, nous plaidons pour le corollaire de la décentralisation qu’est la déconcentration », a-t-il déclaré.
Pour lui, cette cohérence passe par la définition claire d’un « mécanisme de territorialisation des services publics » associant pleinement les représentants de l’État dans les territoires. S’appuyant sur l’article 102 de la Constitution, qui pose à la fois le principe de libre administration des collectivités territoriales et fait de la déconcentration « la règle générale de répartition des compétences », Maguette Sène a pointé du doigt l’inachèvement du cadre juridique. « J’avais évoqué cette question en commission : la nécessité de finaliser la charte de la décentralisation », a-t-il rappelé.
Il a souligné que si le décret avait été pris en 2020, deux textes essentiels manquaient toujours à l’appel : la loi d’orientation de l’administration territoriale et le texte sur le statut des préfets. « Ces deux textes doivent être pris pour que chaque piste puisse être complète et qu’on puisse l’appliquer », a-t-il insisté, saluant au passage la tenue récente d’un atelier d’évaluation de la charte. Au-delà des textes, le député a alerté sur l’état matériel des représentations de l’État. « C’est l’état de délabrement des préfectures et des gouvernances qui vous représentent, qui reflètent l’État, reflètent le ministère de l’Intérieur », a-t-il lancé au ministre.
Un délabrement qui, selon lui, nuit à l’image et à l’autorité de l’État. « Vous devez absolument les aménager et les rénover jusqu’à ce que l’image de l’État puisse être améliorée efficacement », a-t-il exhorté. Enfin, Maguette Sène a abordé une question sensible : la situation des administrateurs civils, ces fonctionnaires d’autorité souvent en première ligne lors des changements politiques. « Ils sont là pour l’application de la loi ; certes, la loi est dure quand on l’applique, c’est pourquoi en cas de changement de régime on les regarde d’un autre œil », a-t-il analysé avec pragmatisme. Il a ainsi plaidé pour une meilleure utilisation de ces compétences au sein du ministère, mettant en garde contre leur mise à l’écart qui constituerait à la fois un gaspillage de ressources humaines et une injustice.
Aziz WATT