Sénégal : Le Premier ministre Sonko lance un ultimatum à BP pour l’approvisionnement en gaz domestique
Alors que le pays peine à utiliser son propre gaz et est contraint à des importations coûteuses, le gouvernement exige des actes concrets pour réduire le prix de l’énergie et relancer l’économie.
La question de l’énergie est plus que jamais au cœur de la stratégie économique du Sénégal. Pour le Premier ministre Ousmane Sonko, la solution pour réduire drastiquement le coût de l’électricité et impulser une dynamique de développement durable passe impérativement par l’exploitation du gaz domestique. Cependant, le blocage persistant avec le géant pétrolier British Petroleum (BP) pousse le gouvernement à hausser le ton.
Le Sénégal vit une situation pour le moins paradoxale. Malgré d’importantes réserves de gaz naturel au large de ses côtes, exploitées notamment via le projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), le pays continue d’importer du gaz pour alimenter ses centrales électriques. Cette dépendance à l’importation, gérée par la Senelec, grève lourdement les finances publiques et maintient le prix du kilowatt-heure à un niveau élevé.
Lors d’une rencontre avec le secteur privé national, le Premier ministre Ousmane Sonko n’a pas caché son exaspération. Il a déploré la nécessité pour le Sénégal de devoir « aller chercher 9 cargaisons de gaz très loin en 2026 » alors que la ressource est disponible localement. Une aberration économique qui, selon lui, peut être résolue. « Rien que cette mesure [l’approvisionnement local] peut régler énormément de choses », a-t-il affirmé.
Un ultimatum et des enjeux colossaux
Face à ce qu’il perçoit comme une « sourde oreille » de la part de BP, Ousmane Sonko a décidé de poser un ultimatum à la multinationale britannique. L’objectif est clair : forcer un changement dans la chaîne d’approvisionnement pour que le gaz produit localement alimente prioritairement le marché national.
Les enjeux sont de taille. Le gouvernement estime qu’un approvisionnement domestique permettrait à l’État d’économiser jusqu’à 143 milliards de FCFA. Surtout, cette baisse des coûts de production se répercuterait directement sur le prix de l’électricité, aussi bien pour les industries que pour les ménages, rendant l’économie sénégalaise plus compétitive.
Un modèle à reproduire : l’exemple de Sangomar
Le gouvernement sénégalais s’inspire d’un récent succès : celui du pétrole de Sangomar. En février 2025, la Société Africaine de Raffinage (SAR) a réussi à raffiner une première cargaison de pétrole brut extraite des champs offshore sénégalais. Dakar nourrit l’ambition légitime de reproduire ce schéma vertueux avec le gaz, afin de capter une plus grande part de la valeur ajoutée sur son territoire.
Cependant, le chemin semble semé d’embûches. Si le président Bassirou Diomaye Faye se montrait optimiste en avril dernier quant à la « réappropriation de nos ressources souveraines » et à la renégociation des contrats, la réalité sur le front du gaz avec BP semble bien différente. Le conflit ouvert avec Woodside sur un autre projet pétrolier et les tensions avec BP illustrent la difficulté de concilier les intérêts des investisseurs internationaux avec les priorités de souveraineté économique du Sénégal.
La fermeté comme nouvelle stratégie de négociation
L’ultimatum du Premier ministre Sonko marque un tournant dans la stratégie de négociation de l’État. Il traduit une volonté politique forte d’accélérer le processus et d’envoyer un message sans équivoque aux partenaires étrangers : le Sénégal n’acceptera plus de voir ses ressources naturelles exportées sans que son économie nationale n’en tire les bénéfices immédiats en termes d’énergie abordable.
La balle est désormais dans le camp de BP. La réponse de la multinationale à cette pression gouvernementale accrue déterminera si le Sénégal pourra, ou non, concrétiser sa promesse d’une énergie moins chère et d’une souveraineté énergétique retrouvée.
Aziz WATT