Ces derniers jours, une information largement relayée par la presse prétendait que le Sénégal était le pays africain le plus endetté. Cette affirmation a été rapidement démentie par la Banque mondiale. Selon l’institution, son International Debt Report 2024 ne classe pas les pays africains en fonction de leur niveau d’endettement. L’organisation souligne que les données doivent être interprétées dans leur contexte global et non de manière isolée.
Dans un texte intitulé « Sénégal, Algérie, RDC… Quel pays d’Afrique est le plus endetté ? » publié le 3 décembre dernier et largement repris par la presse sénégalaise, le média « Jeune Afrique », le 3 décembre 2024 pointait le Sénégal comme le pays le plus endetté d’Afrique. Une information jugée « erronée » par l’institution de Bretton Woods, à la suite d’un fact-checking réalisé par le site Africacheck.com. Selon la Banque Mondiale, son Rapport sur la dette internationale auquel s’est appuyé Jeune Afrique pour arriver à cette conclusion, montre également d’autres pays qui ont un stock de dette plus élevé que le Sénégal.
D’après nos confrères d’africacheck.com, « s’il est vrai, à la lecture de ce rapport, que le Sénégal détient un stock de dette de près de 40 milliards de dollars (exactement 39 950 milliards de dollars), soit 133 % de son RNB, comme l’a ressorti Jeune Afrique, les données de l’étude contredisent, cependant, la déclaration selon laquelle « le Sénégal est le pays le plus endetté du continent ».
Le Sénégal devra rembourser 1826,5 milliards de FCFA au titre du service de la dette en 2024, incluant les intérêts et l’amortissement, un montant inférieur aux 2000 milliards avancés par certaines rumeurs. Les charges financières, qui couvrent les intérêts, s’élèveront à 578,3 milliards de FCFA, en hausse de 36 % par rapport à 2023, en raison de la hausse des taux directeurs de la BCEAO. Avec un ratio dette/revenu national brut (RNB) de 133 % à fin 2023, le Sénégal affiche un niveau élevé mais reste en dessous de certains pays africains comme le Mozambique. Pour maîtriser sa dette, le pays mise sur des financements concessionnels (à faible coût) et réduit sa dépendance aux bons du Trésor tout en allongeant la durée de remboursement.
Le Fonds monétaire international (FMI) classe le Sénégal parmi les pays à risque de surendettement modéré, ce qui signifie que, bien que la dette soit importante, le pays est encore en mesure d’honorer ses engagements financiers. Cette classification est déterminée par des indicateurs de viabilité de la dette et des niveaux de liquidité respectés par le Sénégal.
Le Sénégal prévoit une stratégie de désendettement à partir de 2024, avec des prévisions de croissance économique qui devraient renforcer ses marges budgétaires. Le pays mise également sur l’augmentation de la pression fiscale, qui passera de 18,6 % à 19,4 % en 2024. De nouvelles mesures fiscales incluent l’imposition de la TVA sur les services numériques et les ventes en ligne.
Le Sénégal n’est pas le pays africain le plus endetté, contrairement à ce qu’affirment certaines rumeurs. La Banque mondiale a clarifié ce point et le gouvernement sénégalais a exposé ses efforts pour mieux gérer et réduire la dette. Certes, le poids de la dette est important, mais les analyses du FMI montrent qu’il reste soutenable, du moins à court terme. Cependant, avec une masse salariale de la fonction publique en forte hausse et des pressions budgétaires accrues, la vigilance reste de mise.
Chérif Mamina DIEDHIOU