La gestion de la Société des Infrastructures de Réparation Navale de Dakar (SIRN) par l’entreprise portugaise Dakarnav suscite une vive polémique. Depuis la signature du contrat de concession en 1999, l’entreprise est accusée de pratiques abusives, de corruption, et d’une gestion qui a laissé des séquelles tant sur l’économie sénégalaise que sur les employés locaux. Aujourd’hui, le dossier est porté devant la Cour d’appel sénégalaise, tandis que le collectif des licenciés de Dakarnav continue de réclamer justice et réparation.
En 1999, l’État sénégalais a signé un contrat de concession avec Dakarnav, accordant à cette dernière l’exploitation exclusive des infrastructures de la SIRN. Selon le collectif des licenciés, ce contrat était dès le départ déséquilibré et illégal. Dakarnav percevait presque la totalité des revenus générés par les activités navales, ne laissant qu’un maigre 1 % à la SIRN. Pendant 25 ans, cette gestion aurait permis aux Portugais de profiter des infrastructures sénégalaises, tout en négligeant les droits des ouvriers et l’entretien des installations.
Le collectif dénonce également un environnement de travail marqué par des abus. « Les employés sénégalais étaient à la merci de Dakarnav, victimes d’injustices flagrantes, de salaires précaires et de conditions de travail déplorables, » souligne un porte-parole. Pourtant, aucun audit sérieux n’a été mené durant cette période, permettant à ces pratiques de prospérer.
La nomination de Saliou Samb à la tête de la SIRN en 2020 a marqué un tournant. Dès son arrivée, il a mis en lumière de nombreuses irrégularités dans la gestion de Dakarnav, notamment le non-respect des obligations contractuelles, une gestion déplorable des infrastructures et une administration chaotique des salaires.
Saliou Samb a également refusé les tentatives de corruption orchestrées par Dakarnav. Le collectif des licenciés souligne que l’entreprise avait inséré dans le contrat une clause de reconduction tacite qui lui aurait permis de prolonger son monopole de dix ans supplémentaires. Face à cette situation, Saliou Samb a adressé une lettre au ministère de tutelle, réclamant un appel d’offres international pour garantir une gestion plus juste et transparente. Cette démarche courageuse lui a cependant valu une campagne de dénigrement orchestrée, selon les licenciés.
En 2024, l’alternance politique au Sénégal a changé la donne. Le nouveau président, Diomaye, a annulé le contrat avec Dakarnav, dénonçant ses nombreuses irrégularités. Cette décision, saluée par les licenciés et plusieurs observateurs, visait à mettre fin à une gestion jugée opaque et nuisible aux intérêts nationaux.
À la suite de leurs licenciements qu’ils jugent abusifs, le collectif des licenciés a porté l’affaire devant la justice sénégalaise pour réclamer leurs droits face à Dakarnav. En première instance, la justice avait condamné l’entreprise portugaise. Cependant, Dakarnav a fait appel de cette décision devant la Cour d’appel sénégalaise, espérant obtenir un renversement du jugement. Pendant ce temps, des rumeurs circulent, laissant entendre que Dakarnav envisagerait de quitter le pays avant que la justice ne rende son verdict définitif.
Le collectif des licenciés, regroupant d’anciens employés, se bat pour que justice soit faite. Ils appellent les autorités sénégalaises à rester fermes face aux pressions de Dakarnav et à garantir une gestion souveraine des infrastructures navales.
« Les Portugais cherchent à fuir leurs responsabilités avant que la justice sénégalaise ne tranche. Nous exigeons que le Sénégal protège ses infrastructures et ses travailleurs, » déclare un membre du collectif.
Alors que la justice sénégalaise examine le recours de Dakarnav, l’avenir de la SIRN reste incertain. Pour le collectif des licenciés et les défenseurs des intérêts nationaux, ce combat incarne l’espoir d’une gestion plus souveraine et respectueuse des travailleurs.