AFFAIRE DE FAUX CMC, ACTES DE NAISSANCE ET CERTIFICATS DE RÉSIDENCE : Un informaticien de 52 ans et un livreur déféré au parquet de Dakar

Une enquête du commissariat de Grand-Yoff a permis de démanteler un système de confection de faux certificats de mise à la consommation (CMC) et d’autres documents administratifs. L’affaire est partie d’une banale transaction autour d’une motocyclette de marque Jakarta. Elle a conduit les hommes de Khouma sur la piste d’un système de falsification de documents administratifs et douaniers aux ramifications plus larges. Les mis en cause, C. A. Cissokho et K. Sana, ont été déférés ce lundi 19 octobre 2026 devant le parquet de Dakar pour association de malfaiteurs, faux et usage de faux dans des documents administratifs et douaniers, ainsi que complicité de ces chefs. Selon les éléments de l’enquête, le 14 octobre dernier, vers 10 heures, M. Anne s’est présenté au commissariat de Grand-Yoff pour remettre une motocyclette à C. A. K. Ndiaye, dans le cadre d’un règlement à l’amiable destiné à mettre fin à un différend antérieur portant sur un deux-roues. Mais l’examen technique a réservé une surprise aux policiers. Le numéro de châssis présentait des traces d’altération matérielle, tandis que les documents censés justifier sa mise en circulation comportaient des indices de falsification.
Interrogé sur la provenance de la moto et de ses papiers, M. Anne a expliqué avoir acheté l’engin auprès de C. A. Cissokho. Ce dernier lui avait remis les documents de circulation 48 heures après la transaction. L’acheteur affirme ignorer leur caractère frauduleux.
Un certificat douanier fabriqué pour 3 000 FCFA. Convoqué par les enquêteurs, C. A. Cissokho, livreur âgé de 43 ans, a reconnu avoir vendu la moto de marque Jakarta et remis à l’acquéreur un certificat de mise à la consommation (CMC). Pour justifier la provenance du document, il a affirmé avoir perdu le titre original. Pressé par l’acheteur, qui réclamait les pièces nécessaires pour circuler, il dit s’être rendu dans un établissement multiservice situé à Derklé-Dieuppeul, à Dakar. Selon ses déclarations, il avait appris, au cours d’une discussion de quartier, que des structures de ce type pouvaient confectionner de tels documents. Sur place, il a transmis au gérant une photographie du numéro de châssis de la moto. Le certificat lui a ensuite été délivré moyennant la somme de 3 000 FCFA. Cissokho a reconnu avoir remis ce document à l’acquéreur. Il soutient toutefois avoir agi de bonne foi, estimant que les gérants de cybercafés étaient habilités à établir des certificats de mise à la consommation. Il affirme également qu’il s’agissait de sa première démarche auprès de ce prestataire, dont il dit ignorer l’identité, tout en connaissant l’emplacement de son établissement. Ces déclarations ont conduit les policiers à se rendre à Derklé-Dieuppeul, guidés par le vendeur de la moto. Sur place, ils ont découvert K. Sana, un informaticien de 52 ans, en train de réparer une imprimante dans son local professionnel. Interrogé sur la confection de faux documents administratifs et douaniers, il a spontanément reconnu avoir fabriqué le CMC remis à Cissokho. Interpellé, il a été placé en garde à vue. Une perquisition a ensuite été menée dans son établissement multiservice. Dans le local, les enquêteurs ont découvert plusieurs ordinateurs et unités centrales défectueux, des câbles ainsi qu’un ordinateur de bureau HP en état de fonctionnement. L’examen visuel de son contenu a révélé plusieurs certificats de mise à la consommation falsifiés et divers documents administratifs stockés. Sur une table, les policiers ont également mis la main sur un lot de CMC déjà imprimés et un extrait d’acte de naissance guinéen établi au nom de D. Diallo, présentant des traces de falsification par surcharge. L’ordinateur, ses périphériques, le lot de certificats et l’acte d’état civil ont été saisis et placés sous scellés. Une clé USB a ensuite été utilisée pour sauvegarder les fichiers jugés frauduleux extraits du matériel informatique.
Comment il confectionne les faux CMC
Entendu, K. Sana, informaticien âgé de 53 ans, a reconnu avoir commencé à confectionner de faux CMC revêtus de l’en-tête de l’Administration des douanes en 2024. Son procédé, décrit aux enquêteurs, est relativement simple. Il reçoit par WhatsApp les numéros de châssis des véhicules ainsi que les copies des pièces d’identité des demandeurs, puis modifie les informations figurant sur des modèles de certificats authentiques préalablement numérisés.
Le mis en cause utilise le logiciel Paint pour remplacer les numéros d’identification et les noms des titulaires. Il imprime ensuite les documents ainsi modifiés, en conservant les éléments graphiques, les armoiries et les mentions officielles des Douanes. Selon sa démonstration devant les enquêteurs, quelques minutes lui suffisent pour fabriquer un faux certificat.
Le tarif varie entre 2 000 et 4 000 FCFA, selon la nature de la prestation et les opérations de numérisation ou de reprographie. Sana reconnaît avoir entretenu des relations avec une clientèle issue notamment de Dieuppeul, Grand-Yoff et Keur Massar, sans pouvoir déterminer le nombre total de documents frauduleux confectionnés. L’exploitation de son téléphone iPhone XR a mis en évidence une activité fructueuse. Les échanges extraits de WhatsApp font apparaître plusieurs interlocuteurs qui lui transmettaient des numéros de châssis, des pièces d’identité et des modèles de documents, en contrepartie de paiements effectués par Wave et Orange Money. Parmi les contacts identifiés figure un certain S. Dabo. Des échanges remontant à juillet 2025 feraient état de commandes répétées de faux CMC pour des motocyclettes. Un autre interlocuteur, identifié sous le nom de Peulh Bi, a transmis en août 2025 la photographie du numéro de châssis d’une moto Honda en vue de l’établissement d’un certificat.
Les enquêteurs ont également relevé des échanges avec Sante Yala sur une période allant d’août 2024 à août 2026. Selon les policiers, cet interlocuteur indiquait les mentions à modifier sur certains certificats, en les surlignant en vert, afin de faciliter la vente de véhicules. La prestation était rémunérée à hauteur de 4 000 FCFA. Mais les investigations ne se limitent pas aux documents douaniers relatifs aux motocyclettes.
De faux certificats de résidence et des documents camerounais
L’exploitation numérique a également permis de découvrir des échanges avec une personne identifiée comme A. Cissé, avec laquelle K. Sana était en relation depuis août 2024.
Face aux enquêteurs, l’informaticien a reconnu avoir confectionné, à la demande de ce dernier, un faux certificat de résidence au nom de Z. E. A. Michel. Il a également admis avoir créé ou falsifié des cartes professionnelles attribuées aux fédérations camerounaises de basket-ball et de football, modifié des extraits de casier judiciaire camerounais à partir de photographies de passeports et altéré un certificat d’inscription attribué à l’Institut de formation en administration et affaires (IFAA) du Sénégal, en modifiant l’identité et la date du document. Sana affirme toutefois ignorer l’usage que ses clients faisaient de ces pièces auprès des administrations publiques. L’examen du disque dur de son ordinateur HP a par ailleurs révélé un classement méthodique de centaines de fichiers dans des répertoires intitulés « Jakarta », « Kaolack », « Thies », « chassis 2024 », « DAKAR 2026 », « KTM », « Keita 2025 » et « travail à faire ». Les enquêteurs y ont découvert de nombreux CMC comportant des numéros de châssis altérés, des images de cartes nationales d’identité sénégalaises et plusieurs extraits d’actes d’état civil guinéens présentant des traces de surcharge similaires à celles relevées sur le document saisi dans le local. Pour vérifier l’authenticité des certificats douaniers, une réquisition a été adressée au directeur général des Douanes. Les services compétents ont été sollicités pour examiner les CMC. Une autre réquisition a été adressée à l’ambassade de Guinée au Sénégal afin de vérifier l’authenticité de l’extrait d’acte de naissance daté du 16 octobre 2024 et établi au nom de D. Diallo, ainsi que d’autres actes d’état civil guinéens retrouvés dans les fichiers informatiques.