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AIBD SA : le dialogue social au point mort, l’intersyndicale monte au créneau

Le torchon brûle entre la Direction générale de l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD SA) et ses partenaires sociaux. Dans un communiqué de presse musclé rendu public ce week-end, l’intersyndicale – composée du SYTAC, du SYNATRACS, du SYNPAAS, du STDS et du collège des délégués du personnel – oppose un démenti cinglant au récit livré par la Direction le 31 juillet dernier. L’enjeu dépasse la simple querelle de communication : ce sont les fondements mêmes du dialogue social au sein de l’entreprise publique qui sont remis en cause, sur fond de plan social, de report d’élections professionnelles et d’un Accord Collectif d’Entreprise contesté.

Premier point de friction, et non des moindres : le report des élections des délégués du personnel, initialement programmées le 27 juillet 2026. La Direction générale, dans son communiqué, justifiait cette décision par une demande officielle émanant, selon ses termes, de « deux organisations syndicales majoritaires ». Une affirmation que l’intersyndicale balaie d’un revers de main, y voyant un artifice commode. Les signataires demandent avec insistance que ces deux organisations fantômes soient nommément identifiées et que soit précisée la base juridique de leur prétendue représentativité. La contradiction est d’autant plus flagrante, soulignent-ils, que les notes de service n°1268 et n°1261, qui officialisent ce report, n’évoquent aucune demande syndicale. Elles invoquent exclusivement la mise en œuvre d’un plan social « validé par les autorités compétentes de l’État du Sénégal ». Pour l’intersyndicale, la manœuvre est cousue de fil blanc : le processus électoral, déjà entravé depuis 2021 sans l’intervention de l’Inspection du Travail, se retrouve une nouvelle fois suspendu, privant les travailleurs de représentants légitimes.

L’Accord Collectif d’Entreprise (ACE), présenté par la Direction comme un succès consensuel approuvé par le Conseil d’Administration, constitue le deuxième front de discorde. L’intersyndicale retrace une chronologie accablante. Si un comité restreint d’harmonisation s’est bien réuni, son propre rapport indiquait que les travaux devaient se poursuivre. Or, le 27 janvier 2026, les organisations syndicales ont signé un document détaillant, article par article, les « très nombreuses non-conformités » de la version 15 de cet accord. Une note technique exigeant une réunion d’arbitrage a suivi le 7 février. Depuis, silence radio. Aucune preuve n’a été apportée que ces contestations aient été traitées, ni que l’accord ait reçu une validation définitive du Conseil d’Administration. L’image d’une harmonie sociale construite en concertation volé en éclats.

L’opacité dénoncée culmine sur la question du plan social. Loin du tableau idyllique d’un processus concerté dépeint par la Direction, l’intersyndicale dresse la liste des questions restées lettres mortes : effectif exact à la prise de fonction du Directeur général, nombre et nature des recrutements réalisés depuis, enveloppe budgétaire du plan social, profils cibles, état d’exécution des recommandations des États généraux des transports publics. Ces interrogations s’inscrivent pourtant dans la continuité d’une Plateforme revendicative intersyndicale remise le 13 mars 2026, articulée autour de six axes – dialogue social, transparence, acquis sociaux, conditions de travail, clarification des réformes et gestion de l’outil de travail. Plus de quatre mois plus tard, le constat est amer : l’essentiel de ces revendications est demeuré sans écho.

Les organisations syndicales ne se contentent pas de dénoncer un manque de transparence : elles pointent une volonté délibérée de les marginaliser. Elles jugent le report du scrutin « contraire à la réglementation applicable », qui ne l’autorise que par consensus, force majeure ou décision motivée de l’Inspection du Travail. Un précédent illustre cette défiance : le 7 avril 2026, une note circulaire lançait un recrutement pour la réouverture de l’aéroport de Ziguinchor. Un jury était constitué et les auditions débutaient dès le lendemain, alors que les partenaires sociaux n’en furent informés que le 9 avril, une fois les travaux entamés. Une pratique qui démontre, selon eux, une difficulté « récurrente » à associer les représentants du personnel en amont.

Avec une ironie mordante, l’intersyndicale conclut qu’aucun agent honnête ne semble se reconnaître dans le tableau idyllique dépeint par la Direction, comme si son communiqué s’adressait « à tout autre destinataire qu’au personnel de l’entreprise ». Les organisations signataires se disent néanmoins disponibles pour un dialogue sincère, mais posent leurs conditions : communication intégrale des audits et du budget, arbitrage sur l’Accord Collectif, respect scrupuleux du calendrier électoral. À défaut, la stabilité sociale d’AIBD SA, déjà fragilisée, risque de se détériorer un peu plus.

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