Assemblée Nationale : Ousmane Sonko au perchoir : entre main tendue, éthique et fermeté institutionnelle
À peine élu président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a prononcé un discours d’investiture dense et solennel, mêlant clarifications politiques, hommages appuyés et élévation philosophique. Devant une assistance acquise à sa cause, le leader de Pastef a d’emblée tenu à féliciter, en son nom propre et au nom de la République, Ahmadou Al Amine Lo, nommé la veille Premier ministre. Un geste protocolaire immédiatement nuancé par un rappel lucide : s’il connaît personnellement l’intéressé, qu’il a fait nommer Secrétaire général du Gouvernement lorsqu’il dirigeait la primature, et s’il salue un « travailleur acharné, compétent et dévoué », Ousmane Sonko a tenu à souligner leurs « divergences sur certaines questions, notamment la question monétaire et la gestion de la dette ».
Ce préambule posé, le nouveau président de l’institution parlementaire a haussé le ton sur la situation politique inédite que traverse le pays. Rappelant que sa formation n’a été associée ni aux consultations ayant abouti à la nomination du Premier ministre, ni à celles portant sur la formation du gouvernement, il a lancé un avertissement sans ambiguïté : « On ne peut pas faire du PASTEF sans PASTEF. La seule référence au socle du PASTEF dans un discours ne confère pas la légitimité du parti. » Une manière de dénoncer ce qu’il qualifie de « faux départ » et de « raté », tout en laissant une porte ouverte au dialogue. Un dialogue qui, insiste-t-il, ne portera pas sur les hommes et les femmes, mais exclusivement sur « les orientations et le programme » : restructuration de la dette, pouvoir d’achat, justice, autant de questions qui devront fonder les discussions avec l’exécutif pour envisager un accompagnement serein.
Avant d’aborder le fond de sa mission, Ousmane Sonko a réservé un hommage nourri à son prédécesseur, El Malick Ndiaye, saluant sa « loyauté sans faille envers les idéaux patriotiques » et son « bref mais brillant passage » au perchoir. Réhabilitation des bâtiments, attention portée au personnel, rigueur budgétaire, digitalisation du travail parlementaire, diplomatie active : l’héritage est abondamment salué. Des remerciements ont également été adressés aux députés de la majorité comme de l’opposition qui lui ont accordé leurs suffrages, avec une pensée particulière pour son suppléant Ismaël Aoun, dont il a loué la « loyauté absolue » et l’« amitié sincère ».
Fort de son expérience d’ancien député d’opposition, de maire et de Premier ministre, le nouveau président de l’Assemblée a ensuite posé les jalons doctrinaux de son mandat. Dénonçant la lecture réductrice des tensions au sommet de l’État comme de simples rivalités personnelles, il a recentré le débat sur « le rapport entre la morale et la politique ». Invoquant Aristote et la finalité du bien commun, Mamoudou Dia et la souveraineté morale, ou encore Saint-Augustin pourfendant un État sans justice réduit à une « grande association de brigands », il a martelé que « la morale politique n’est pas une décoration de campagne, mais la condition de survie des nations ». Une conviction adossée aux références coraniques sur le pouvoir conçu comme une charge devant Dieu et les hommes.
Sur le plan institutionnel, le ton se veut rassurant mais intraitable : « L’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement. Elle contrôlera l’action gouvernementale, exercera pleinement ses prérogatives constitutionnelles et usera de tous les leviers de contre-pouvoir de manière responsable mais ferme. » Une déclaration qui traduit la volonté d’incarner un rééquilibrage des pouvoirs, sans verser dans le chaos ni les « vendettas personnelles ».
En conclusion, Ousmane Sonko a appelé à faire de cette période de tensions un « moment de maturation démocratique », exhortant le Sénégal à montrer à l’Afrique qu’une crise politique peut se traverser « sans haine, sans violence et sans effondrement institutionnel ». La main tendue à tous les députés s’accompagne d’une profession de foi personnelle : « Lorsque le pouvoir nous met à l’épreuve, choisissons-nous le confort ou la vérité ? Pour ma part, je continuerai de choisir la vérité. » La séance s’est achevée sous les acclamations, un « Vive l’Assemblée nationale » et un « Vive la République du Sénégal, une et indivisible, éternelle » scellant ce retour en force au cœur des institutions.
Aziz Watt