CDN 3.0 : Le Sénégal veut mieux prendre en compte les besoins des femmes

À l’heure où le Sénégal finalise sa Contribution déterminée au niveau national (CDN 3.0), la question du financement des actions climatiques intégrant les réalités des femmes et des populations vulnérables s’impose comme un enjeu majeur.
Du 5 au 7 octobre, le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, à travers la Direction du changement climatique, de la transition écologique et du financement vert (DCCTEFV), réunit les acteurs concernés pour réfléchir aux moyens de passer des engagements aux actions concrètement financées.
Avec l’appui de l’UNICEF et de l’Initiative prospective agricole et rurale (IPAR), les travaux regroupent des représentants des ministères sectoriels, des collectivités territoriales, de la société civile, des organisations de femmes, du secteur de la nutrition, du secteur privé et des institutions financières.
L’objectif est notamment d’améliorer la formulation des projets, d’intégrer la dimension genre dans les budgets et de mieux identifier les opportunités de financement climatique. Une nécessité, dans un contexte où les effets du changement climatique se manifestent déjà dans l’agriculture, la pêche, la santé, l’alimentation et la gestion des ressources naturelles.
Pour Dibor Sarr Faye, représentante du ministère de l’Environnement et de la Transition écologique, la prise en compte du genre ne peut plus être considérée comme un aspect secondaire des politiques climatiques. « La vulnérabilité n’est pas la même selon qu’on soit un homme ou une femme », souligne-t-elle, rappelant que les capacités de réaction face à un même choc climatique diffèrent selon les conditions économiques et sociales.
Le Sénégal, qui avait déposé sa CDN 2.0 en 2020, entend ainsi renforcer cette dimension dans sa nouvelle contribution. Mais au-delà de l’identification des vulnérabilités, le défi reste celui de la mobilisation des ressources. « Nous allons aller vers la mise en œuvre, nous allons aller vers le financement », insiste Mme Sarr Faye.
Cette question est également au cœur des préoccupations d’ONU Femmes. Lorenzo Rovelli, spécialiste régional en genre, changement climatique et économie verte au bureau régional pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, évoque une « vulnérabilité différenciée » des femmes, confrontées à un accès encore inégal aux ressources productives, au financement et aux espaces de décision.
Pourtant, les femmes occupent une place centrale dans plusieurs secteurs directement exposés aux effets du changement climatique, notamment l’agriculture et la gestion des ressources naturelles. Faciliter leur accès au financement climatique peut donc contribuer à la fois à leur autonomisation économique, à la sécurité alimentaire et au renforcement de la résilience des ménages.
La nutrition constitue un autre volet important des discussions. La fragilisation des systèmes agricoles et halieutiques par les changements climatiques peut affecter directement l’accès à une alimentation suffisante et de qualité, avec des conséquences sur la santé des populations.
Les travaux engagés doivent ainsi permettre de mieux articuler climat, genre et nutrition dans la CDN 3.0. Pour Lorenzo Rovelli, le travail ne s’arrête toutefois pas à l’élaboration du document : « Maintenant, il faut vraiment travailler sur le financement et sur la mise en œuvre » des actions prévues.
Pour le Sénégal, l’enjeu est désormais de faire en sorte que les ambitions de la CDN 3.0 se traduisent par des projets bancables, des ressources effectivement mobilisées et des résultats visibles dans les territoires. La réussite de cette nouvelle contribution climatique se mesurera donc autant à ses engagements qu’à sa capacité à financer les réponses, notamment celles qui bénéficient directement aux femmes et aux communautés les plus vulnérables.