Face à la polémique nourrie par un article du Financial Times évoquant une supposée « dette cachée », le ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a tenu à rétablir la vérité sur les opérations de Total Return Swap (TRS) contractées par le Sénégal. Accompagné des directeurs de la Comptabilité publique et de la Dette, il a balayé les accusations d’opacité, réaffirmant que ces mécanismes relèvent d’une gestion transparente et parfaitement légale.
Pour comprendre le recours à ces instruments, le ministre a invité à replonger dans le contexte de 2025. À cette époque, la certification par la Cour des comptes avait révélé des tensions sur les finances publiques, entraînant une dégradation de la note souveraine du pays. Les taux d’intérêt sur les marchés internationaux avaient grimpé entre 11 et 12 %, tandis que l’absence de programme avec le FMI rendait l’accès aux financements multilatéraux difficile. Face à des besoins estimés à 5 700 milliards de francs CFA, le gouvernement a dû explorer des solutions alternatives.
Dès octobre 2024, Cheikh Diba avait évoqué la nécessité d’approfondir la liquidité du marché financier régional. L’idée était d’aller chercher l’épargne extérieure auprès de partenaires institutionnels internationaux pour la convertir et la domestiquer sur le marché régional, sans attendre les effets des réformes structurelles. Trois partenaires ont été convaincus : African Finance Corporation, Société Générale et un investisseur basé à Abou Dhabi.
Le mécanisme technique, expliqué en détail, repose sur un dispositif de conversion. Les investisseurs, détenteurs de devises, placent leurs fonds auprès de banques locales qui les convertissent immédiatement en francs CFA. Un mécanisme de garantie, représentant environ 30 % du montant, a été adossé à l’opération pour sécuriser les partenaires face à une éventuelle volatilité. Au moment du remboursement, le schéma s’inverse, les francs CFA étant reconvertis en devises. « Voilà le mécanisme. Ce n’est rien d’autre que ça », a résumé le ministre.
Cheikh Diba a fermement rejeté toute accusation de financement occulte. Il a affirmé que ces opérations ne comportent « aucune clause cachée, aucune contrepartie dissimulée, aucun traitement préférentiel occulte », et qu’aucun bien de l’État n’a été donné en gage. Les fonds levés sont intégralement libellés en francs CFA et inscrits dans les statistiques publiques du marché des valeurs du Trésor. Le recours aux TRS n’est d’ailleurs pas inédit : le Sénégal y a eu recours en 2011, 2015 et 2018, une pratique expressément prévue par la loi de finances.
Sur le plan de la transparence, le ministre a rappelé avoir personnellement présenté ces instruments devant l’Assemblée nationale le 29 novembre 2025. Les informations y afférentes figurent dans le rapport économique et financier annexé à la loi de finances 2026, et le FMI a été tenu informé tout au long de l’année. « Le recours aux TRS s’est fait dans la légalité, la transparence, la parfaite maîtrise des risques et une communication responsable », a-t-il conclu, balayant toute ambiguïté sur une opération qu’il présente comme un outil classique et assumé de gestion de la dette.
Aziz WATT