DÉGUERPISSEMENT À GUÉDIAWAYE : Les artisans au bord de la rupture, la jeunesse désenchantée

Menacés de perdre leurs ateliers, les artisans de l’automobile de Guédiawaye montent au créneau. Mame Sémou Diouf, coordinateur de l’Unité des artisans de l’automobile, interpelle le président Bassirou Diomaye Faye et réclame les sept hectares destinés au recasement des professionnels. À Hamo 4-5-6, Ouseynou Gueye exprime, lui, la déception des jeunes qui espéraient pouvoir construire leur avenir au Sénégal plutôt que de risquer leur vie sur les routes de l’émigration irrégulière. Les clés à molette risquent de se taire, les moteurs de s’arrêter et des centaines de familles de perdre leur gagne-pain. À Guédiawaye, les opérations de déguerpissement menacent les ateliers des artisans de l’automobile, qui refusent de quitter les lieux sans solution de recasement. Derrière cette bataille foncière se dessine une crise sociale : celle de travailleurs qui défendent leur outil de travail et d’une jeunesse qui voit ses espoirs d’insertion professionnelle s’amenuiser.
Mame Sémou Diouf interpelle Diomaye faye
Coordinateur de l’Unité des artisans de l’automobile, Mame Sémou Diouf ne cache pas son indignation. Il rappelle au président de la République, Bassirou Diomaye Faye, son engagement à ne s’arrêter que lorsque chaque Sénégalais aura ressenti une amélioration réelle et tangible de son quotidien. Une promesse qu’il oppose à la situation des artisans de Guédiawaye.
« Aucun artisan n’a ressenti une amélioration réelle de son quotidien à cause des déguerpissements », déplore-t-il. Pour lui, ces professionnels ne doivent pas être considérés comme de simples occupants encombrants de l’espace public. Ils font vivre des familles, emploient des apprentis et transmettent des compétences à des jeunes en quête d’avenir.
« Nous ne sommes pas des délinquants. Nous sommes des formateurs », martèle le responsable, qui dénonce une opération susceptible de mettre en péril des centaines d’activités économiques. Il s’interroge également sur le sort des artisans face à l’affectation du terrain à un promoteur immobilier. « On donne des terres à des promoteurs et on chasse des Sénégalais qui travaillent. C’est cela, le Sénégal que nous voulons ? », lance-t-il, avant de prévenir : « Trop, c’est trop. »
Sept hectares pour sauver les ateliers
La revendication des artisans tient en un chiffre : sept hectares. Mame Sémou Diouf réclame la mise à disposition de cette superficie, qu’il présente comme ayant été octroyée sous la présidence de Macky Sall pour permettre le recasement des professionnels. Il exige que les autorités étatiques et municipales trouvent une solution avant toute évacuation. « Si vous voulez nous déplacer, donnez-nous un site digne avant de casser. Nous ne bougerons pas sans solution », avertit-il. L’enjeu est d’autant plus pressant que la fermeture des ateliers priverait de nombreux travailleurs de leurs revenus, avec des conséquences directes sur les familles et les apprentis.
Ouseynou Gueye : « aujourd’hui, c’est la déception »
À Hamo 4-5-6, Ouseynou Gueye, artisan de l’automobile, met en lumière une autre dimension de cette crise : le désenchantement d’une jeunesse qui attend toujours des perspectives concrètes. Dans les groupes WhatsApp où les jeunes échangent sur leurs difficultés, il dit entendre les mêmes préoccupations : comment gagner dignement sa vie lorsqu’on possède un métier, mais que les possibilités de travailler se réduisent ? Faute de débouchés, certains envisagent de rejoindre l’Espagne en prenant la mer, dans l’espoir d’y trouver un emploi et de meilleures conditions de vie. Une perspective inquiétante pour cet artisan, qui estime que les jeunes devraient pouvoir réussir dans leur propre pays. Comme beaucoup de Sénégalais, il avait placé de grands espoirs dans le nouveau pouvoir. Mais les attentes restent, à ses yeux, insatisfaites. « Nous avions beaucoup espéré de ce gouvernement. Aujourd’hui, malheureusement, c’est la déception qui domine », regrette-t-il. Pour Ouseynou Gueye, la menace qui pèse sur les ateliers risque d’aggraver les difficultés d’une jeunesse déjà confrontée au manque de perspectives. Il plaide pour la valorisation des métiers, le renforcement de la formation professionnelle et la création de débouchés permettant aux artisans de transmettre leur savoir-faire. « Ceux qui ont appris un métier doivent pouvoir l’exercer, former d’autres jeunes et contribuer au développement du pays », soutient-il. À ses yeux, les artisans constituent un maillon essentiel de l’insertion professionnelle : leur savoir-faire permet à des jeunes d’acquérir une qualification et de construire progressivement leur autonomie.
L’emploi des jeunes en question
Les deux artisans se rejoignent sur une exigence : préserver les activités économiques existantes et offrir des solutions crédibles aux professionnels menacés. Là où Mame Sémou Diouf réclame la mise à disposition des sept hectares de recasement, Ouseynou Gueye alerte sur les conséquences sociales d’une jeunesse privée de perspectives. Le premier redoute la disparition de centaines de moyens de subsistance ; le second craint que la déception ne pousse davantage de jeunes à regarder vers la mer. Tous deux mettent ainsi les autorités face à une contradiction : comment promouvoir l’emploi et la formation tout en laissant planer la menace sur des ateliers où des travailleurs gagnent leur vie et transmettent un métier ?
À Guédiawaye, les artisans ne demandent pas de privilèges, mais un espace pour travailler et former la relève. Leur message au pouvoir est sans ambiguïté : le déguerpissement ne saurait être une réponse durable s’il se traduit par la destruction d’activités sans solution de remplacement. Car derrière chaque atelier fermé, ce sont des familles fragilisées et des espoirs d’insertion qui risquent de s’éteindre.
Mohamed SY