ENQUETE PARLEMENTAIRE : Cheikh Oumar Anne décline sa convocation

Convoqué le vendredi 16 octobre 2026 par la Commission d’enquête parlementaire chargée d’examiner le programme « Un étudiant, un ordinateur », l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Cheikh Oumar Anne, a décidé de ne pas déférer à cette invitation. Dans une correspondance datée du 12 octobre, le député et maire de Ndioum dénonce un « procès en sorcellerie contre de dignes serviteurs de la République » et réclame un contrôle parlementaire impartial, élargi à d’autres dossiers sensibles.
Cheikh Oumar Anne ne se présentera pas devant la Commission d’enquête parlementaire sur le programme « Un étudiant, un ordinateur ». L’ancien ministre a annoncé sa décision dans une lettre adressée au président de ladite commission, invoquant des raisons de principe, de « décence républicaine », de légitimité, d’impartialité et de respect des institutions.
Dans sa correspondance, le député estime que le contrôle parlementaire, bien qu’essentiel à la transparence et à la reddition des comptes, ne doit pas servir d’instrument de règlement de comptes politiques. Il met notamment en cause ce qu’il considère comme le caractère sélectif des enquêtes visant des responsables ayant servi sous la précédente administration.
« Oui à la transparence totale, oui à la reddition des comptes, mais non à un procès en sorcellerie contre de dignes serviteurs de la République », écrit-il, pour justifier sa position. Pour étayer son refus, Cheikh Oumar Anne revient sur des incidents survenus à l’Assemblée nationale en 2022. Il évoque notamment le comportement d’un membre de l’actuelle commission qui, selon lui, était monté sur les tables de l’hémicycle et avait arraché une urne de vote. Il considère cet épisode comme une atteinte à la dignité de l’institution parlementaire.
L’ancien ministre critique également les accusations publiques visant d’anciens responsables de l’État, estimant que qualifier l’ancien président de la République de « criminel » ou des membres du gouvernement de « voleurs », sans preuves judiciairement établies, est incompatible avec les exigences de responsabilité et d’exemplarité qu’implique la fonction parlementaire.
Tout en réaffirmant son attachement au contrôle de l’action publique, il soutient qu’une commission d’enquête doit faire preuve d’impartialité et appliquer les mêmes exigences à tous les responsables, quelle que soit leur appartenance politique.
Pour démontrer, selon lui, la nécessité d’un contrôle équitable, Cheikh Oumar Anne invite la majorité parlementaire à examiner également la gestion de l’Assemblée nationale et plusieurs dossiers qu’il juge dignes d’intérêt.
Il cite notamment la publication trimestrielle des dépenses budgétaires de l’institution parlementaire et les conditions d’acquisition de ses véhicules, en particulier les procédures de passation et d’attribution des marchés.
Le député demande également des éclaircissements sur les cinq milliards de francs CFA destinés aux personnes présentées comme victimes des événements survenus entre 2021 et 2024, ainsi que sur les huit milliards de francs CFA annoncés pour les sinistrés de Bakel, Matam, Podor et des localités environnantes.
Il mentionne, en outre, le dossier de l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER), portant sur 37 milliards de francs CFA selon ses déclarations, et le fonds JAMM pour la paix en Casamance, d’un montant de 1,7 milliard de francs CFA. Sur ce dernier dossier, il réclame des clarifications concernant l’utilisation des ressources et les éventuels changements d’affectation qu’il attribue à l’ancien Premier ministre.
Ces montants et accusations sont avancés par Cheikh Oumar Anne dans sa correspondance et appellent, le cas échéant, des vérifications documentaires et des réponses des personnes ou institutions concernées.
Concernant directement le programme visé par la commission, l’ancien ministre estime que les documents déjà disponibles, notamment la convention de partenariat et les procédures prévues pour sa mise en œuvre, permettraient aux parlementaires de comprendre les conditions d’exécution du dispositif et les dépenses engagées.
Il considère ainsi que l’examen de ces pièces constitue une voie pour établir les faits, sans transformer les investigations en démarche de stigmatisation politique.
Cheikh Oumar Anne précise enfin que sa décision ne traduit, selon lui, ni un rejet du contrôle parlementaire ni une volonté de se soustraire à l’obligation de rendre compte. Il affirme rester attaché aux institutions républicaines et au droit des citoyens d’être informés sur la gestion des ressources publiques.
El Malick