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GOUVERNEMENT – MAJORITÉ PARLEMENTAIRE : « Classico » sur la LFR !

Aziz Watt


La loi de finances rectificative (LFR) 2026 accentue les tensions entre le gouvernement et la majorité parlementaire de Pastef. Alors que le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô met en garde contre les conséquences d’un rejet du texte, les députés de la majorité contestent certains arbitrages budgétaires et dénoncent des propos jugés dévalorisants. Le désaccord porte autant sur les priorités de dépenses publiques que sur les conditions du dialogue entre l’exécutif et le législatif.

Le ton est donné par le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô. Lors d’une conférence de presse tenue ce dimanche 25 octobre 2026 à Dakar, il a appelé les députés à adopter la loi de finances rectificative, mettant en avant les risques économiques et sociaux liés à son rejet. « Ne punissez pas le peuple ! », a-t-il lancé, insistant sur la nécessité de réajuster les dépenses de l’État face aux contraintes de trésorerie. Pour défendre le texte, le chef du gouvernement a notamment évoqué la situation des entreprises du bâtiment et des travaux publics (BTP), confrontées à des difficultés financières et à l’interruption de certains chantiers. Selon lui, le rejet de la LFR empêcherait ces entreprises de retrouver de la trésorerie, de payer leurs fournisseurs et de rémunérer leurs travailleurs.

Ahmadou Alhaminou Mohamed Lô a annoncé une enveloppe de 300 milliards de FCFA destinée à contribuer au règlement des arriérés de paiement de l’État, évalués à 1 956 milliards de FCFA, selon les chiffres qu’il a avancés.
Le Premier ministre a également justifié la réduction de 555 milliards de FCFA des crédits de paiement consacrés aux investissements. Il soutient que cette baisse correspond à un report de certaines dépenses, et non à un abandon définitif des projets. « C’est juste un investissement différé à l’année prochaine », a-t-il expliqué.
Dans le même sens, le ministère de l’Économie, du Plan et de la Coopération a tenté de rassurer sur le maintien de plusieurs projets structurants, notamment la construction de centres de santé, le programme de 30 000 logements, des infrastructures routières et des investissements agricoles. Selon le ministère, les ajustements budgétaires impliquent des réaménagements de calendrier, en fonction des ressources disponibles, sans signifier nécessairement la suppression des projets.

Pastef conteste les arbitrages et réclame le respect

En réponse, les responsables parlementaires de Pastef défendent une position qui, sans rejeter le principe du soutien aux populations, met en cause certains choix budgétaires du gouvernement. El Malick Ndiaye, ancien président de l’Assemblée nationale et actuel vice-président de l’institution, affirme que les députés ne cherchent ni à bloquer les bourses de sécurité familiale ni à empêcher le dialogue. Ils réclament, selon lui, des mécanismes clairs et transparents afin de garantir que les mesures de soutien atteignent effectivement les bénéficiaires. Le parlementaire s’interroge également sur la portée d’une LFR présentée à un stade avancé de l’exercice budgétaire, estimant qu’une partie des ressources aurait déjà été engagée ou consommée. Mais c’est surtout sur le terrain des relations entre le gouvernement et les députés que sa sortie prend une tournure plus politique. Il reproche au Premier ministre des propos qu’il juge dévalorisants envers les parlementaires de Pastef.
« Il ne peut pas se permettre de nous insulter, de nous rabaisser […] et ensuite revenir nous parler de dialogue », a-t-il déclaré, mettant en doute les conditions dans lesquelles un échange pourrait s’engager entre les deux parties. De son côté, le président du groupe parlementaire de Pastef, Ayib Daffé, a placé l’éducation au centre des désaccords. Il déplore la suppression des crédits destinés à la résorption des abris provisoires dans les écoles et considère que les transferts financiers aux ménages ne peuvent remplacer les investissements dans les services publics. « On ne peut pas sacrifier l’éducation », a-t-il martelé. Derrière ces prises de position se dessine une divergence sur la hiérarchisation des dépenses publiques. Le gouvernement privilégie le règlement d’une partie des arriérés, le soutien aux entreprises et la réorganisation des investissements, tandis que les députés insistent sur la nécessité de préserver les financements de l’éducation, de la santé et des infrastructures. Ce bras de fer place ainsi la majorité de Pastef devant ses propres divergences. Au-delà de l’adoption de la LFR 2026, l’enjeu est de trouver un compromis entre les contraintes financières défendues par l’exécutif et les exigences sociales portées par les parlementaires, dans un contexte où les relations entre les deux pouvoirs sont également mises à l’épreuve.

El Malick

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