Le 23 janvier 2027, le mandat des maires et des conseils municipaux actuels arrive à échéance. Dans quelques mois, nous redessinerons les conseils municipaux de tout le pays. Et pourtant, une question essentielle reste trop peu posée : qui sera sur les listes ?
Si rien ne change, on connaît déjà le scénario. Les investitures resteront souvent verrouillées par les mêmes réseaux, les mêmes générations et les mêmes logiques d’appareil.
On peut militer pendant dix ans, travailler sur le terrain, mobiliser, sensibiliser, porter des combats et ne jamais voir son nom sur un bulletin.
Pour une jeune femme, les obstacles sont encore plus nombreux : pesanteurs socioculturelles, responsabilités familiales, manque de moyens, légitimité constamment questionnée et systèmes politiques qui ne lui font pas toujours une véritable place.
On parle de quotas. Sur le papier, c’est une avancée. Mais un quota sans volonté politique réelle peut vite devenir une case à cocher plutôt qu’un véritable accès au pouvoir. On l’a déjà vu : depuis 2010, la loi sur la parité impose l’alternance homme-femme sur les listes. Résultat aux locales de 2022 : les listes étaient paritaires, mais sur 557 communes, seules 18 femmes ont été élues maires. La parité arithmétique existe sur le papier ; le pouvoir de décision, lui, reste ailleurs dans les têtes de liste, dans les postes clés.
On nous a célébrés en août. Beaux discours, tables rondes, hashtags.
Maintenant, place aux actes.
Est-ce que nous serons aussi sur les listes en 2027, ou seulement dans les photos de la Journée internationale de la jeunesse ?
Mais soyons honnêtes entre nous aussi. Qu’est-ce qu’on veut vraiment ?
Un siège ou un pouvoir réel de décision ?
Une place sur une liste ou une vision pour nos communes ?
Une candidature ou la capacité à exercer pleinement un mandat ?
Parce que la représentation ne doit pas être une récompense accordée à quelques jeunes « méritants ». Elle doit devenir une réalité démocratique.
Et nous aussi, nous avons une responsabilité : nous former, nous organiser, construire des propositions, investir le terrain et être prêts lorsque les portes s’ouvriront.
Les moins de 35 ans représentent 75 % de la population sénégalaise, mais seulement 6 % des conseillers municipaux. (SenePlus)
Ce décalage n’est plus seulement une question de génération. C’est une question de démocratie et de représentation.
2027 arrive vite.
Un quota est-il une solution durable ou simplement un pansement ? Allons-nous simplement demander une place à la table, ou nous préparer à participer réellement aux décisions qui façonnent nos communes ?
Sommes-nous prêts ?
Aicha Aidara Kante