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LUTTE CONTRE LES INONDATIONS AU SÉNÉGAL : Des milliards engagés, des quartiers toujours submergés, l’urgence d’un audit indépendant

Aziz Watt

À Djidah Thiaroye Kao et à Guinaw Rail, la question de l’efficacité des canalisations et de leur capacité à atteindre les zones où les eaux s’accumulent interpelle. Pour le président du Mouvement ÉLAN, il est temps de faire la lumière sur l’utilisation des fonds publics et sur la pertinence des investissements réalisés. C’est à l’occasion de meetings de mobilisation organisés dans la banlieue dakaroise que le président du Mouvement ÉLAN, El Hadji Malick DJITTÉ, a interpellé l’opinion publique sur la gestion des fonds consacrés à la lutte contre les inondations au Sénégal. Devant les préoccupations des populations confrontées, année après année, aux conséquences des fortes pluies, il a appelé à un audit indépendant des ressources mobilisées et à une évaluation rigoureuse des ouvrages réalisés. Son interpellation repose sur un constat qui mérite un examen approfondi : malgré les programmes successifs et les investissements annoncés, plusieurs quartiers continuent de subir des inondations récurrentes. Cette situation appelle des réponses précises sur les choix effectués, les travaux exécutés et les résultats effectivement obtenus.

Des milliards mobilisés, mais des questions toujours sans réponse

Le Plan décennal de lutte contre les inondations (PDLI), lancé en 2012 pour la période 2012-2022, était associé à une enveloppe prévisionnelle de 767 milliards de francs CFA. Une nouvelle stratégie nationale de gestion intégrée du risque d’inondation, couvrant la période 2025-2040, a par ailleurs été annoncée avec un coût prévisionnel de 921,7 milliards de francs CFA. Ces montants correspondent à des programmes distincts et ne peuvent être assimilés à des dépenses intégralement exécutées. Ils donnent néanmoins la mesure des ressources envisagées pour répondre à un problème qui affecte durablement les populations.
Dès lors, une question fondamentale s’impose : comment évaluer l’efficacité de ces investissements si les montants effectivement décaissés, la destination précise des fonds, le coût définitif des ouvrages et leur impact sur les zones sinistrées ne sont pas présentés dans un bilan consolidé, accessible et suffisamment détaillé ? Pour El Hadji Malick DJITTÉ, il ne suffit pas d’annoncer des budgets ou de présenter des infrastructures. Il faut pouvoir démontrer que les ressources ont été régulièrement utilisées, que les ouvrages répondent aux besoins identifiés et que les résultats sont à la hauteur des moyens engagés. Il ne s’agit pas de présumer l’existence d’irrégularités, mais d’exiger les vérifications nécessaires pour lever les interrogations légitimes des citoyens.

Djidah Thiaroye Kao et Guinaw Rail : la pertinence des canalisations en question

Dans la banlieue dakaroise, la situation de quartiers comme Djidah Thiaroye Kao et Guinaw Rail illustre les interrogations soulevées par les populations sur l’efficacité des dispositifs d’évacuation des eaux. Des préoccupations sont notamment exprimées quant à la capacité de certaines canalisations à atteindre les secteurs où se concentrent les eaux pluviales et où les accumulations sont les plus importantes. Lorsque des infrastructures existent sans permettre une évacuation suffisante des eaux des zones les plus vulnérables, il devient indispensable d’en examiner le fonctionnement et la conception. Une canalisation peut être correctement construite sur un tronçon tout en demeurant insuffisante si elle ne dessert pas les points bas, si son raccordement au réseau est incomplet, si son exutoire est inadapté ou si sa capacité hydraulique ne correspond pas aux volumes à évacuer. La question ne consiste donc pas simplement à savoir si des canaux ont été construits, mais à vérifier s’ils répondent effectivement au problème pour lequel ils ont été financés. Il convient notamment de déterminer si les études préalables ont correctement identifié les zones de concentration des eaux, si les tracés retenus permettent de collecter les eaux des secteurs les plus exposés et si les ouvrages sont reliés à un réseau d’évacuation cohérent. Une autre interrogation concerne les choix de localisation. Des habitants s’étonnent de voir des canalisations aménagées dans certains secteurs apparemment moins touchés, alors que des zones régulièrement inondées continuent de manquer de solutions efficaces. Cette observation doit être confrontée aux données techniques : un canal situé dans un secteur moins inondé peut parfaitement jouer un rôle stratégique dans l’évacuation des eaux provenant d’autres quartiers. Mais cette justification doit être étayée par les études hydrologiques, les plans de drainage et les objectifs de protection retenus. Si des ouvrages sont réalisés sans traiter les zones où les besoins sont les plus urgents, qui a décidé des priorités, sur la base de quelles études et selon quels critères ? C’est précisément à ces questions que l’audit technique et territorial devra apporter des réponses.

Au-delà des canalisations, d’autres dysfonctionnements doivent être examinés

La réflexion ne saurait se limiter à la localisation des canaux. Elle doit également porter sur l’ensemble des facteurs susceptibles de compromettre l’efficacité des investissements. Les ouvrages sont-ils dimensionnés pour faire face aux volumes d’eau attendus ? Les réseaux sont-ils correctement raccordés ? Les exutoires sont-ils fonctionnels ? Les canaux sont-ils régulièrement entretenus et débarrassés des dépôts qui réduisent leur capacité ? Les travaux réalisés dans un quartier aggravent-ils, directement ou indirectement, les risques dans les zones situées en aval ? Il faut également vérifier les délais d’exécution, les éventuels dépassements de coûts, la conformité des ouvrages aux marchés conclus et les conditions de réception des travaux. Ces questions ne constituent pas des accusations. Elles définissent les points de contrôle indispensables à toute politique publique mobilisant des ressources aussi importantes. Le risque serait de continuer à engager de nouveaux financements sans disposer d’un diagnostic suffisamment précis des faiblesses des programmes antérieurs.

Un audit indépendant, financier et technique

Face à ces enjeux, le président du Mouvement ÉLAN appelle à un audit indépendant couvrant l’ensemble des programmes concernés, avec une attention particulière aux dépenses engagées dans les zones les plus exposées. Cet audit devrait répondre à quatre exigences. Premièrement, établir la traçabilité des fonds. Il s’agira de déterminer les montants prévus, mobilisés, décaissés et effectivement dépensés, en identifiant les sources de financement, les marchés conclus et les paiements réalisés. Deuxièmement, vérifier la régularité et la réalité des travaux. Les ouvrages facturés doivent correspondre aux réalisations constatées sur le terrain, aux spécifications techniques et aux conditions contractuelles. Troisièmement, évaluer la pertinence des investissements. Les choix de localisation doivent être confrontés à la cartographie des risques, aux études hydrologiques, aux besoins des populations et à la cohérence des réseaux d’assainissement. À Djidah Thiaroye Kao comme à Guinaw Rail, l’examen devra notamment déterminer si les canalisations desservent effectivement les secteurs où les eaux s’accumulent et si les éventuelles insuffisances résultent de problèmes de conception, de raccordement, de capacité ou d’entretien. Quatrièmement, mesurer les résultats. Il faudra comparer les objectifs annoncés à l’évolution réelle des inondations, en tenant compte de l’intensité des pluies et des autres facteurs qui influencent les sinistres. Les conclusions devraient être publiées et accompagnées de recommandations précises, d’un calendrier de correction des insuffisances et, lorsque des irrégularités sont établies, des suites appropriées.

Une exigence de transparence et de justice territoriale

Pour El Hadji Malick DJITTÉ, la lutte contre les inondations ne peut être appréciée uniquement à travers les montants annoncés ou le nombre d’infrastructures réalisées. Elle doit être évaluée à partir de la protection effectivement apportée aux populations. La question est aussi celle de l’équité territoriale. Les investissements publics doivent répondre à des critères objectifs de vulnérabilité et d’urgence, sans laisser les quartiers les plus exposés dans une situation de fragilité durable. Les populations de la banlieue ne demandent pas seulement que des travaux soient entrepris. Elles veulent comprendre pourquoi certains problèmes persistent, pourquoi certains ouvrages semblent insuffisants et quelles mesures seront prises pour que les investissements futurs produisent des résultats tangibles.
L’audit réclamé ne doit donc pas être perçu comme une démarche de confrontation, mais comme une exigence de bonne gouvernance et de responsabilité publique. Si les fonds ont été correctement utilisés et les choix techniques justifiés, le contrôle permettra de le démontrer. Si des insuffisances ou des irrégularités sont constatées, elles devront être corrigées et traitées conformément aux règles applicables.

« Chaque franc investi doit pouvoir démontrer son utilité »

En interpellant l’opinion lors de ses meetings de mobilisation dans la banlieue, le président du Mouvement ÉLAN entend placer la question des inondations au cœur du débat sur l’efficacité de l’action publique. Son appel est clair : avant de multiplier les annonces et d’engager de nouvelles dépenses, le Sénégal doit tirer toutes les leçons des programmes précédents, vérifier les réalisations et comprendre pourquoi certaines populations continuent de subir des inondations récurrentes malgré les moyens annoncés. La protection des citoyens ne saurait être une simple ligne budgétaire. Elle constitue une obligation essentielle de l’action publique. L’enjeu n’est pas seulement de savoir combien a été dépensé, mais de vérifier où, comment, pourquoi et avec quels résultats. À Djidah Thiaroye Kao, à Guinaw Rail et dans toutes les localités confrontées aux mêmes difficultés, les populations sont en droit d’attendre des réponses documentées et des solutions durables.

Pour le président du Mouvement ÉLAN, l’heure est donc à la transparence, à l’évaluation indépendante et à la responsabilité : les ressources consacrées à la lutte contre les inondations doivent être justifiées par leur utilisation régulière, la pertinence des investissements et leur capacité réelle à protéger les populations.

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