Dans un communiqué publié ce mois d’août, l’ONG Action pour les Droits Humains et l’Amitié (ADHA) tire la sonnette d’alarme sur la persistance de la mendicité organisée, de l’exploitation de personnes vulnérables et des conditions de vie indignes observées notamment à Dakar. L’organisation appelle l’État à une réponse urgente et structurelle, avant que la situation ne dégénère.
Les chiffres avancés donnent la mesure du phénomène. En mars 2022, 1 053 ressortissants nigériens, dont 478 enfants, avaient été rapatriés de Dakar. En 2025, la Police nationale a évacué 1 225 personnes et libéré 308 sites de mendicité non autorisés, dont 60,24 % de personnes étrangères. Pourtant, les mêmes situations réapparaissent, signe que les opérations de déguerpissement ne règlent pas le problème en profondeur.
Pour ADHA, la loi sénégalaise n° 2005-06 du 10 mai 2005 offre pourtant les instruments nécessaires pour lutter contre l’exploitation de la mendicité, la traite des personnes et le trafic de migrants. Mais déplacer les victimes sans identifier les réseaux, sans poursuivre les organisateurs et sans accompagnement social ne constitue pas une politique durable.
L’organisation comprend l’exaspération des populations face à l’occupation anarchique des espaces publics, mais met en garde : la lutte contre les réseaux ne doit pas se transformer en chasse aux étrangers. Elle appelle l’État à prévenir toute escalade de stigmatisation, de violences ou de justice privée.
ADHA formule cinq demandes précises : un bilan public et chiffré des opérations, un mécanisme permanent d’identification et de protection des victimes, des poursuites effectives contre les exploiteurs, un accompagnement social documenté et une réponse coordonnée entre État, collectivités et société civile. « Déplacer la misère n’est pas la traiter », conclut l’organisation.