mardi 20 octobre 2026 · Dakar Rédaction WhatsApp
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MISE EN ŒUVRE DU PACTE SOCIAL : L’accord déraille, la grève embraie

Aziz Watt

À deux jours d’une grève générale annoncée pour trois jours, l’exécutif joue sur deux tableaux : la fermeté et le dialogue. Mamadou Lamine Dianté défend le bilan du Pacte national de stabilité sociale, avec 35 engagements réalisés sur 84, et prévient contre d’éventuelles sanctions disciplinaires. Bakary Sarr, porte-parole du gouvernement, mise sur l’apaisement. Entre bilan officiel et revendications syndicales, le bras de fer social se poursuit.

Le gouvernement veut éviter la paralysie, mais il n’entend pas rester les bras croisés. À deux jours de la grève générale annoncée par le Front syndical pour la défense des travailleurs (FSDT), l’exécutif oppose aux syndicats un double message : dialogue pour désamorcer la crise, fermeté pour garantir la continuité des services publics. Le ton est donné par Mamadou Lamine Dianté, ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du service public.

Le ministre assure que toutes les mesures nécessaires seront prises pour garantir la libre circulation des biens et des personnes ainsi que la liberté des salariés d’aller travailler. Il appelle les acteurs syndicaux, les délégués du personnel et les travailleurs à la responsabilité, tout en prévenant que le non-respect des procédures légales encadrant le droit de grève pourrait entraîner des sanctions disciplinaires.

42 % D’EXÉCUTION : LE CHIFFRE QUI INTERPELLE

Sur le bilan du Pacte national de stabilité sociale, Mamadou Lamine Dianté avance des chiffres qui méritent attention. Sur 84 activités inscrites au titre des engagements de l’État, 35 ont été entièrement réalisées, soit un taux d’exécution d’environ 42 %. Vingt-cinq autres sont en cours. Si elles sont achevées d’ici à la fin du second semestre 2026, le taux de réalisation pourrait atteindre 71 %, selon le ministre. Le gouvernement défend ainsi un bilan qu’il juge encourageant, tout en reconnaissant que plusieurs chantiers restent ouverts. Parmi les réalisations mises en avant figurent les nouveaux codes du travail et de la sécurité sociale, la généralisation de l’indemnité de logement aux agents de l’État depuis janvier 2026, ainsi que la régularisation de plusieurs catégories d’agents, dont les enseignants décisionnaires, les techniciens supérieurs de santé et les greffiers. Le recrutement de 4 527 enseignants est également évoqué : 2 000 auraient déjà été recrutés, tandis que les 2 527 autres seraient en cours de recrutement. Des chiffres qui traduisent, selon l’exécutif, les efforts engagés pour répondre aux revendications des travailleurs.

LICENCIEMENTS : DIANTÉ DÉFEND LA POSITION DE L’ÉTAT

Le dossier des licenciements, à l’origine de la création du FSDT, figure également parmi les points sensibles. À Dakar Dem Dikk, le ministre fait état de la transformation de 240 contrats de prestation en contrats à durée indéterminée. Il évoque aussi plusieurs dossiers de travailleurs licenciés, dont certains ont été réintégrés. Au Port autonome de Dakar, 85 réintégrations auraient été enregistrées, tandis que 162 agents seraient en cours de régularisation depuis le 12 octobre. Au ministère des Mines, 44 licenciements restent en cours de traitement, avec des possibilités de réintégration ou de conclusion d’un pacte social. Le ministre reconnaît néanmoins des difficultés persistantes, notamment l’insuffisance des ressources et la complexité de certaines mesures nécessitant des études préalables. Il soutient que les engagements non réalisés ne relèvent pas nécessairement d’une mauvaise volonté du gouvernement, mais aussi de contraintes objectives.

BAKARY SARR PRÔNE L’APAISEMENT

Porte-parole du gouvernement, Bakary Sarr met en avant la poursuite des discussions. Rappelant la réunion du Comité de pilotage tripartite du Pacte national de stabilité sociale tenue le 15 octobre sous la présidence du Premier ministre, il assure que l’exécutif reste disponible pour rechercher une issue à la crise. Le ministre invite les centrales syndicales à poursuivre les échanges dans un esprit de responsabilité et de recherche de solutions, dans l’intérêt des travailleurs comme de l’ensemble de la population. Un appel à la concertation qui intervient alors que les syndicats maintiennent la pression et attendent des réponses concrètes à leurs revendications.

GUIRASSY FACE À L’IMPASSE SCOLAIRE

Dans le secteur de l’éducation, Moustapha Mamba Guirassy est également confronté à la montée des tensions. Le G7 des syndicats d’enseignants a annoncé une grève totale les 21, 22 et 23 octobre, dénonçant notamment le non-respect du protocole d’accord signé le 16 avril 2026 et des retards dans le paiement de certaines indemnités. Le défi du ministre de l’Éducation nationale est désormais d’éviter une nouvelle perturbation des enseignements. Les syndicats réclament l’application des engagements pris, tandis que les élèves et leurs familles redoutent les conséquences d’une succession de débrayages sur le calendrier scolaire.

LE DIALOGUE À L’ÉPREUVE DU RAPPORT DE FORCE

Les neuf ministres mobilisés couvrent plusieurs secteurs sensibles : Justice, enseignement supérieur, éducation, collectivités territoriales, fonction publique, communication, emploi, transports et budget. Mais au-delà de cette mobilisation gouvernementale, la question centrale reste celle de l’exécution des engagements et de la confiance entre l’État et les partenaires sociaux. Le gouvernement défend un bilan et appelle à la patience. Les syndicats, eux, veulent des garanties et des échéances précises.  À l’approche de la grève annoncée, la bataille ne se joue donc plus seulement sur les chiffres, mais sur la capacité de l’exécutif à transformer ses promesses en résultats concrets. Entre avertissements disciplinaires et appels à la concertation, l’issue de ce bras de fer reste incertaine.

 

Mohamed SY

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