Ndèye Fatou Mbodj Diattara : Entre fidélité, franchise et rupture, une femme de conviction se dévoile
Invitée sur le plateau de Walf TV, Mme Ndèye Fatou Mbodj Diattara, Administrateur général du Fonds de Garantie des Investissements Prioritaires (FONGIP), a livré un témoignage rare et sans concession. Pendant de longues minutes, cette figure du paysage politique et économique sénégalais a abordé, avec une franchise déconcertante, les sujets les plus brûlants du moment : la révision constitutionnelle, la rupture entre le Président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko, son propre choix politique, et son bilan à la tête du FONGIP. Un entretien qui dessine le portrait d’une femme libre, ancrée dans ses convictions, et qui a choisi la loyauté humaine plutôt que la discipline partisane.
Tacle á la majorité parlementaire et critiques contre Sonko
D’emblée, Ndèye Fatou Mbodj Diattara n’a pas mâché ses mots sur la récente révision de la Constitution. Si elle ne remet pas forcément en cause le fond des points débattus, c’est la procédure et le timing qui la heurtent. « Je ne comprends pas pourquoi ils l’ont fait maintenant. Ça sent la politique », a-t-elle lancé, critiquant ouvertement la précipitation des députés de la majorité. Pour elle, un élu doit avant tout « penser aux besoins de la population. » C’est pour cette raison qu’elle déplore un parlement qui a « beaucoup parlé mais sans rien voter, sans impacter la vie des Sénégalais ». Dans un contexte de tensions palpables entre les deux têtes de l’exécutif et du législatif, elle voit dans cet empressement un vice de procédure justifiant amplement la saisine du Conseil constitutionnel par le Président Faye. « On attend des députés qu’ils votent des lois pour les femmes, pour les Sénégalais, et non qu’un groupe décide seul », insiste-t-elle, appelant à plus de concertation dans l’intérêt supérieur de la nation.
Cette critique de la méthode est le prélude à des confidences bien plus personnelles sur la déchirure au sommet de l’État. Face à la rupture désormais consommée entre Diomaye et Sonko, elle refuse de jouer les médiatrices. « Diomaye et Sonko sont des amis, ils s’aiment. Ce n’est pas mon rôle, ni le vôtre de les séparer. Quand il y a un problème, c’est à eux de le résoudre », tranche-t-elle, nostalgique du slogan fédérateur « Diomaye moy Sonko, Sonko moy Diomaye ». Mais derrière la retenue sur les causes profondes de cette brouille, elle se limite à dire : « Personne ne connaît leur problème et je ne m’exprimerai jamais là-dessus », se cache une prise de position radicale.
Le choix face au nouveau parti présidentiel
Mme Diattara a dû choisir. Et son choix est sans appel, dicté par une relation humaine et non par un calcul politique. « Je suis obligée de prendre position. Par dignité, par conviction, je dois être juste », explique-t-elle. C’est avec émotion qu’elle retrace son parcours : son adhésion au Pastef il y a dix ans, guidée par les conseils de sa mère qui voyait en Ousmane Sonko un leader « pertinent ». Pourtant, au sein du parti, c’est avec Bassirou Diomaye Faye qu’elle a tissé des liens indéfectibles. C’est lui qui gérait le travail de fond, les textes, le bureau politique. C’est lui qui l’a nommée au bureau politique et soutenue après le décès de son père. « La relation que j’ai avec Diomaye Faye, je ne l’ai pas avec Ousmane Sonko », confie-t-elle.
Sa loyauté, forgée dans l’épreuve, s’exprime avec une force rare. Elle rappelle son courage lorsque, durant les heures sombres de la suspension du parti, « personne n’osait parler, même certains cadres », tandis qu’elle était en première ligne. Aujourd’hui, elle observe avec une pointe d’amertume ceux qui refont surface : « Quand c’était chaud, on ne voyait personne. » Elle, assume : « Je ne dois rien au Président Ousmane Sonko. Si je quitte Diomaye, je serai une traître. Sans hésitation, si le Président Diomaye crée un autre parti, je vais le soutenir. » Une fidélité viscérale, justifiée aussi par les attaques subies par le Président, y compris de la part de son propre camp. « Tout le monde sait ce qu’a subi Diomaye en termes de mauvais discours. Il y a un minimum de respect. L’ancien PM devait dire les choses en tête-à-tête, pas dénigrer le Président dans la presse. »
De la gestion du FONGIP
Pour elle, l’engagement politique ne se résume pas à un homme ou à un sigle, mais à un idéal de justice et de développement. « Quand je suis entrée à Pastef, c’était pour le projet, pour mon pays, pas pour une personne (…) Je ne suis pas là par intérêt. Demain, si je quitte le FONGIP, je continuerai à vaquer à mes occupations car je suis une femme entreprenante », assure-t-elle, balayant les critiques sur son supposé manque de diplômes ou son statut de privilégiée.
Cette quête de résultats concrets, elle l’incarne dans sa gestion du FONGIP depuis octobre 2024. Elle y a trouvé un organisme « très politisé » et en a repris les fondamentaux : garantir les prêts des entrepreneurs ayant déjà une activité viable, et non distribuer des subventions aux porteurs de projets débutants. Son action se veut chirurgicale, loin des saupoudrages. « Mon ambition, c’est de financer ceux qui sont au fin fond du Sénégal », clame-t-elle, en insistant sur le ciblage de projets à fort impact, notamment dans la santé et l’entrepreneuriat féminin, avec une enveloppe dédiée de 5 milliards de francs CFA.
Son bilan, elle le chiffre fièrement : « D’octobre 2024 à avril 2026, le coût total des projets garantis est de 32 milliards. Le FONGIP n’a jamais eu ce chiffre depuis sa création. » Un accomplissement qu’elle met en avant pour recentrer le débat sur l’essentiel. Loin des querelles de palais, elle se projette déjà vers sa ville natale, Kaolack, dont elle veut faire un pôle de développement grâce à des réseaux locaux de formation et de financement des jeunes.
De la révision constitutionnelle à la rupture du tandem de l’exécutif, en passant par ses convictions intimes et son action publique, Ndèye Fatou Mbodj Diattara a offert un rare moment de vérité. Son franc-parler, son refus de la trahison et son ancrage dans une loyauté personnelle envers le Président Diomaye Faye dessinent le visage d’une femme politique d’un genre nouveau, qui place l’humain et les résultats au-dessus des appareils. Dans un paysage politique sénégalais en pleine recomposition, sa voix forte et singulière vient de s’imposer.
Aziz WATT