RELATIONS CEDEAO-AES : Birame Diop plaide pour un mandat commun avant les négociations

À la veille de l’ouverture des négociations formelles avec la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), prévue samedi 17 octobre à Dakar, le président de la Commission de la CEDEAO, le général Birame Diop, a appelé les ministres des Affaires étrangères des États membres à s’accorder sur une position commune. L’objectif est de préserver les acquis de l’intégration régionale et de définir un cadre durable de coopération entre les deux organisations. La CEDEAO veut aborder les négociations avec l’AES avec une ligne commune et des orientations clairement définies. Réunis vendredi 16 octobre à Dakar, les ministres des Affaires étrangères des États membres ont été invités par le président de la Commission, le général Birame Diop, à dégager les priorités politiques de l’organisation avant l’ouverture des discussions formelles avec les représentants de la Confédération de l’AES. « Les échanges entre les ministres des Affaires étrangères doivent permettre de dégager les orientations politiques nécessaires à la conduite des négociations et de donner aux équipes techniques un mandat clair pour défendre les intérêts de la communauté », a déclaré le général Birame Diop.
Dans cette perspective, la Commission a élaboré en interne un projet d’accord-cadre général destiné à définir les futures relations entre les deux ensembles régionaux. Le document couvre 18 domaines prioritaires regroupés en cinq pôles, notamment la libre circulation des personnes et des biens, le commerce, la sécurité et la coopération transfrontalière.
« Nous avons travaillé en interne sur un projet d’accord-cadre général conçu pour préserver ce que nous pouvons encore construire ensemble », a précisé le président de la Commission. Il s’agit, pour l’organisation ouest-africaine, de parvenir à des orientations concertées avant d’engager les échanges avec les représentants de l’AES, dans un contexte marqué par des divergences politiques et institutionnelles, mais aussi par des intérêts communs.
Le ministre sénégalais de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Cheikh Niang, a, lui aussi, insisté sur la nécessité d’une démarche collective. Pour le chef de la diplomatie sénégalaise, les discussions doivent se dérouler dans un esprit d’unité afin d’éviter que les divergences entre États ne fragilisent davantage la cohésion régionale.
Il a notamment mis en garde contre la conclusion d’accords séparés susceptibles d’affaiblir l’organisation communautaire. « La nécessité de négocier en bloc unifié, en évitant toute conclusion d’accords bilatéraux qui pourraient menacer la cohésion de notre organisation », a-t-il indiqué, en présentant l’unité de la CEDEAO comme un principe devant guider les négociations. Cheikh Niang a également souligné l’importance de préserver les acquis de l’intégration régionale, particulièrement en matière de libre circulation, d’échanges économiques et de solidarité entre les peuples. Il a rappelé que les liens historiques et fraternels entre les pays ouest-africains demeurent un facteur essentiel, malgré les divergences politiques. Négociateur en chef de la CEDEAO auprès des pays de l’AES, Lansana Kouyaté a présenté les principaux axes de sa mission, centrée sur le maintien du dialogue et la recherche de bases de coopération acceptables pour les deux parties. Son mandat prévoit notamment la mise en place d’un mécanisme permanent de consultation entre la CEDEAO et l’AES, la définition de relations respectueuses des choix souverains des États, la préservation des acquis de l’intégration régionale et le renforcement de la coopération face aux défis communs, notamment sécuritaires. L’ancien Premier ministre guinéen a souligné que les divergences institutionnelles ne doivent pas occulter les réalités qui rapprochent les pays de la sous-région : leur proximité géographique, leur histoire commune, leurs échanges économiques et la mobilité de leurs populations. La lutte contre le terrorisme figure également parmi les questions nécessitant une concertation entre les deux organisations. Sur ce point, Lansana Kouyaté a défendu une approche fondée sur le dialogue et la recherche de compromis. « Une négociation réussie n’est pas celle où une partie l’emporte sur l’autre. C’est celle où chacun repart avec la confiance d’avoir été entendu », a-t-il affirmé. Il a également rappelé l’interdépendance des États ouest-africains en déclarant : « Les États peuvent choisir leurs alliances, mais les peuples, eux, ne choisissent pas leur géographie.» À Dakar, les consultations ministérielles doivent ainsi permettre à la CEDEAO de définir ses priorités et de préciser le mandat de ses négociateurs avant l’ouverture des discussions avec l’AES. Au-delà des divergences politiques, l’enjeu est de maintenir des mécanismes de coopération entre les pays de la région et de rechercher les conditions d’un dialogue durable, au bénéfice de leurs populations.
El Malick