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Une inondation ne se résume jamais à de l’eau dans une rue

Aziz Watt

Elle peut empêcher un enfant d’aller à l’école. Elle peut retarder un salarié, fermer un commerce, interrompre une activité ou empêcher une famille d’accéder à un service essentiel.

Elle peut également contraindre des habitants à quitter leur domicile et remettre en cause, en quelques heures seulement, des années d’efforts et d’investissements.
Mais lorsqu’on parle d’inondations, nous avons parfois tendance à considérer uniquement les conséquences visibles.

Or la véritable question est aussi celle de notre niveau de vulnérabilité.
Car si les pluies sont un phénomène naturel, les dégâts qu’elles provoquent sont souvent amplifiés par nos choix d’aménagement, de construction et d’urbanisation.

Un récent témoignage d’un professionnel sénégalais revenant de Chine m’a particulièrement interpellé. Alors qu’une pluie abondante s’abattait sur la ville, il observait que l’eau disparaissait presque immédiatement des chaussées grâce à des infrastructures conçues pour l’absorber et l’évacuer efficacement.

Son constat était simple : les fortes pluies existent partout, mais leurs conséquences dépendent largement de la manière dont les territoires sont conçus et gérés.
Cette observation mérite réflexion.
Dans de nombreux territoires africains, les espaces naturels d’écoulement ont progressivement disparu sous l’effet de l’urbanisation. Des zones historiquement inondables ont été construites. Des réseaux d’assainissement insuffisants ou vieillissants doivent aujourd’hui répondre à des besoins bien supérieurs à ceux pour lesquels ils avaient été dimensionnés.

Pendant ce temps, la population augmente, les quartiers se densifient et les infrastructures peinent parfois à suivre ce rythme.
Le risque d’inondation devient alors un risque systémique.

Lorsqu’une route est coupée, ce n’est pas seulement la circulation qui s’arrête. Ce sont les déplacements des travailleurs, l’approvisionnement des entreprises, l’accès aux soins, le fonctionnement des écoles et la continuité des services publics qui sont affectés.

Lorsqu’une entreprise cesse temporairement son activité, ce ne sont pas seulement des pertes financières immédiates qui apparaissent. Ce sont également des revenus qui disparaissent, des emplois qui sont fragilisés et toute une chaîne économique qui peut être perturbée. Et lorsque des populations vivent chaque année avec l’incertitude liée aux inondations, c’est aussi leur sécurité, leur santé et leur capacité à se projeter dans l’avenir qui sont en jeu.

Le coût réel des inondations dépasse donc largement les dégâts matériels observés après le retrait des eaux. Il inclut les pertes économiques, les perturbations sociales, les impacts sanitaires, la dégradation de l’environnement et les coûts de reconstruction qui pèsent durablement sur les collectivités.
Face à cette réalité, nous devons évoluer vers une véritable culture de gestion du risque.
Dans le monde de l’entreprise, un risque ne se traite pas uniquement lorsqu’il survient. On cherche à l’identifier, à comprendre les vulnérabilités, à mesurer ses impacts potentiels et à préparer les dispositifs nécessaires pour assurer la continuité des activités.

Nos territoires doivent pouvoir bénéficier de cette même logique. Cela suppose de mieux connaître les zones exposées, de préserver les circuits naturels d’écoulement des eaux, de renforcer les infrastructures critiques, d’intégrer les risques dans les projets urbains et d’investir davantage dans la prévention.
Car la question n’est pas seulement de savoir comment évacuer l’eau lorsqu’elle arrive.
La véritable question est de savoir comment construire des villes capables de résister aux chocs, de protéger les populations et de continuer à fonctionner même en situation de crise.

Prévenir représente un investissement.
Mais l’absence de prévention coûte presque toujours davantage. Le développement d’un pays ne se mesure pas uniquement à sa capacité à construire de nouvelles infrastructures. Il se mesure aussi à sa capacité à protéger ces investissements contre les risques qui menacent leur fonctionnement et leur durabilité.

Les inondations ne disparaîtront probablement pas. En revanche, nous pouvons réduire significativement leurs conséquences si nous faisons de la résilience, de l’anticipation et de la maîtrise des risques une priorité collective. Parce qu’au fond, protéger nos territoires, c’est protéger notre économie, nos emplois, nos infrastructures et surtout les femmes et les hommes qui les font vivre.

Alassane MBAYE
Expert en défense et sécurité Fondateur et PCA du Groupe Vigilus

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