Ce qui n’était au départ qu’un conflit d’affaires entre associés au sein de la société SITAB s’est progressivement transformé en une affaire judiciaire internationale aux ramifications financières, politiques et sécuritaires particulièrement sensibles.
Depuis plusieurs années, la famille Farès – connue à travers plusieurs sociétés implantées en Afrique de l’Ouest comme Kirène, Batiplus ou encore SITAB – est engagée dans un interminable bras de fer judiciaire avec leur ancien associé et ex-directeur général, Youssef Omaïs.
Poursuites et condamnation au Burkina
L’affaire a véritablement éclaté publiquement après les poursuites engagées au Burkina Faso contre Omaïs, Détenteur d’une participation minoritaire au sein de la SITAB. Après plusieurs années de procédure, la justice burkinabè avait condamné l’ancien dirigeant dans une affaire requalifiée en « abus de confiance », avec une peine de prison partiellement ferme, assortie de dommages et intérêts de plusieurs milliards de FCFA au profit de la société plaignante.
Contre-attaque de Omaïs au Tribunal Judiciaire de Paris
Loin d’apaiser les tensions, cette décision de la justice burkinabè semble avoir marqué le début d’une guerre judiciaire tentaculaire.
Selon plusieurs médias et documents circulant entre Dakar, Ouagadougou et Paris, encore sous embargo, l’ancien associé aurait décidé de contre-attaquer, en exposant ce qu’il présente comme « un système financier opaque impliquant plusieurs sociétés, filiales, intermédiaires et circuits bancaires internationaux. » C’est dans ce contexte qu’une plainte visant, Mohamed Fares, Hassan Fares et Muhyedine Fares aurait été déposée devant le Tribunal Judiciaire. Et les accusations évoquées dans cette plainte sont extrêmement graves. Il s’agit principalement du blanchiment de capitaux, du délit de faux et usage de faux, de publication de comptes infidèles, de bande organisée et de financement du terrorisme. Selon les éléments relayés par plusieurs médias, le plaignant décrit dans sa dénonciation un mécanisme présumé reposant sur : des sociétés écrans, des opérations de sous-facturation et surfacturation, des virements internationaux, des comptes offshores, et des flux financiers considérés comme suspects. Le système ainsi décrit correspond à ce que les spécialistes appellent le « Trade-Based Money Laundering » (TBML), autrement dit le blanchiment via le commerce international.
Une affaire encore loin d’être terminée
À ce stade, il demeure essentiel de rappeler que plusieurs informations concernant cette affaire proviennent de plaintes, de documents d’enquête ou de publications médiatiques faisant état d’accusations qui doivent encore être vérifiées judiciairement. Parce qu’aucune condamnation définitive, pour financement du terrorisme, ne semble avoir été prononcée contre les personnes citées. Même si cette affaire révèle : l’opacité possible de certains circuits financiers transnationaux, les risques de gouvernance au sein de grands groupes familiaux, et la sensibilité croissante des réseaux commerciaux reliant l’Afrique de l’Ouest, le Liban, l’Europe et les États-Unis. Entre guerre d’associés, soupçons de blanchiment et accusations à dimension géopolitique, il faut dire que « l’affaire Farès » semble désormais dépasser largement le simple cadre d’un contentieux commercial classique.
Le cas du dirigeant de l’ombre, Abass Fawaz, interroge
Au milieu de cette affaire tentaculaire, un autre nom revient dans plusieurs discussions informelles même si l’homme reste discrètement dans l’ombre des sphères de décision de la société Batiplus : Abass Fawaz. Selon certaines sources, officieuses, il faut le dire, circulant dans les milieux d’affaires, Abass Fawaz ne serait plus, officiellement, Directeur commercial au sein de Batiplus. Toutefois, plusieurs observateurs affirment qu’en réalité, il conserverait intacte, toute son influence au sein de l’administration et des circuits décisionnels internes du groupe. D’ailleurs, aucune source officielle ne permet pour l’instant de confirmer précisément : son statut actuel, son niveau réel d’implication ou encore ses responsabilités exactes au sein des structures concernées. Une situation qui suscite de nombreuses interrogations dans un contexte déjà fortement marqué par : des enquêtes financières sensibles, des accusations de montages offshore, et une surveillance accrue des flux commerciaux internationaux.
DES PLAINTES EN AFRIQUE AUX RAMIFICATIONS DANS LE MOYEN ORIENT
Pourquoi le Hezbollah apparaît-il dans cette affaire ?
Au-delà de l’internationalisation de l’affaire partie de l’Afrique pour atterrir devant le Tribunal judiciaire de Paris, l’apparition du nom du Hezbollah est sans doute l’aspect le plus explosif du dossier. Étape marquée par un document non négligeable intitulé : “The Fawaz Clan” produit par l’Institut International de lutte contre le Terrorisme qui est l’un des principaux instituts universitaires de lutte contre le terrorisme au monde évoque les liens présumés entre certains réseaux d’affaires libanais actifs en Afrique de l’Ouest et des structures affiliées au Hezbollah. A ce niveau, il convient de souligner que ce rapport rappelle notamment que plusieurs membres du clan Fawaz auraient déjà été sanctionnés par le Département du Trésor américain pour des soupçons liés : au financement, à la logistique, aux transferts de fonds, ou au soutien à des réseaux affiliés au Hezbollah en Afrique de l’Ouest.
Les auteurs du document décrivent un réseau économique et diasporique implanté dans plusieurs pays comme : le Nigeria, la Sierra Leone, le Sénégal, la Guinée-Bissau, et Liban. Selon les analyses présentées dans les mêmes sources, certaines sociétés commerciales auraient servi d’intermédiaires financiers permettant le transfert de fonds via des mécanismes complexes du commerce international.
Affaire à suivre …
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