À Tivaouane, une déclaration de Serigne Moustapha Sy fait désormais le tour des réseaux sociaux. Le guide des Moustarchidines a expliqué avoir refusé de recevoir Ousmane Sonko, alors que le président de l’Assemblée nationale aurait, selon ses propres propos, demandé à le rencontrer. Dans le même temps, il a mis en avant les démarches du président Bassirou Diomaye Faye à son endroit. Une séquence qui dépasse le simple cadre d’une visite manquée et qui relance les interrogations sur les rapports entre les autorités religieuses, le pouvoir et les anciens compagnons de l’opposition.
La scène était attendue. À l’approche du Maouloud, les responsables politiques multiplient les visites auprès des différentes familles religieuses. Ces déplacements constituent traditionnellement des moments de communion, mais aussi de dialogue entre les autorités politiques et les guides religieux.
Dans ce ballet de visites, l’absence d’Ousmane Sonko chez Serigne Moustapha Sy avait rapidement suscité des interrogations. Certains internautes et commentateurs s’interrogeaient sur les raisons de cette absence. La réponse apportée par le guide religieux est venue couper court aux spéculations.
Selon Serigne Moustapha Sy, Ousmane Sonko avait bien manifesté le souhait de le rencontrer. Mais c’est lui-même qui aurait décidé de ne pas le recevoir.
Cette précision change complètement la lecture de l’épisode. Il ne s’agirait donc ni d’un oubli protocolaire ni d’une absence volontaire du président de l’Assemblée nationale. Le refus serait assumé par l’autorité religieuse.
Et le fait de rendre cette décision publique donne à l’affaire une dimension supplémentaire.
UN REFUS QUI NE PEUT PAS ÊTRE BANALISÉ
Dans le contexte sénégalais, une audience auprès d’un guide religieux n’est jamais une simple formalité. Les visites des responsables politiques auprès des familles religieuses revêtent une forte dimension symbolique.
Être reçu, c’est bénéficier d’un espace de dialogue et de considération. Ne pas l’être peut, à l’inverse, être interprété comme un signe de distance.
Mais le plus significatif dans cette affaire reste la volonté de Serigne Moustapha Sy d’expliquer lui-même les raisons de l’absence de Sonko.
En assumant publiquement son refus, le guide des Moustarchidines semble vouloir empêcher que l’opinion attribue à Ousmane Sonko la responsabilité de cette situation.
Le message est donc clair : Sonko a demandé à le voir, mais la rencontre n’a pas eu lieu parce que lui, Serigne Moustapha Sy, a décidé de ne pas le recevoir.
Cette clarification intervient dans une période où chaque geste politique est scruté et immédiatement interprété sur les réseaux sociaux.
DIOMAYE REÇU, SONKO ÉCARTÉ : UN CONTRASTE QUI INTERPELLE
L’autre élément qui donne une forte portée politique à cette déclaration est la place accordée à Bassirou Diomaye Faye.
Serigne Moustapha Sy a fait état de démarches du chef de l’État et de contacts maintenus entre les deux parties. Le président de la République avait d’ailleurs effectué une visite à Tivaouane dans le cadre de ses activités liées au Maouloud.
Le contraste avec Ousmane Sonko est forcément frappant.
D’un côté, le président de la République est reçu et entretient le dialogue avec le guide religieux. De l’autre, le président de l’Assemblée nationale voit sa demande d’audience refusée.
Faut-il y voir un rapprochement politique entre Serigne Moustapha Sy et Bassirou Diomaye Faye ? Il convient de rester prudent.
Une relation cordiale entre une autorité religieuse et le chef de l’État ne signifie pas automatiquement un soutien politique. De même, le refus de recevoir Sonko ne constitue pas nécessairement une déclaration de guerre politique.
Mais le contraste est suffisamment important pour nourrir le débat.
LE POIDS DES ANCIENS CONTENTIEUX
Pour comprendre cette séquence, il faut revenir aux relations anciennes entre Serigne Moustapha Sy et Ousmane Sonko.
Les deux hommes avaient évolué dans le même camp de l’opposition au régime de Macky Sall. Le PUR de Serigne Moustapha Sy avait notamment participé à la dynamique de Yewwi Askan Wi, dans laquelle Ousmane Sonko occupait une place centrale.
Cette proximité appartient désormais à une autre époque.
L’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et d’Ousmane Sonko a profondément modifié les rapports entre les différents acteurs de l’ancienne opposition.
Les alliances d’hier ont été confrontées aux réalités du pouvoir, aux divergences de stratégie et aux ambitions politiques.
Serigne Moustapha Sy avait déjà exprimé publiquement des réserves à l’égard d’Ousmane Sonko. La séquence actuelle apparaît donc comme le prolongement d’un rapport devenu beaucoup plus complexe.
QUAND LE RELIGIEUX DEVIENT UN SIGNAL POLITIQUE
Le refus d’une audience pourrait, dans d’autres circonstances, rester une affaire privée. Mais au Sénégal, le rapport entre pouvoir politique et autorités religieuses donne à ce genre d’événement une portée particulière.
Les familles religieuses occupent une place importante dans la société sénégalaise. Les responsables politiques savent qu’ils doivent maintenir un dialogue permanent avec elles.
Dans ce contexte, le choix de recevoir certains responsables et d’en refuser d’autres peut être interprété comme un signal.
Serigne Moustapha Sy semble surtout rappeler qu’il conserve sa liberté de décision et que son rapport avec les responsables politiques ne relève pas d’un protocole automatique.
Cette position mérite d’être distinguée d’un éventuel positionnement partisan.
UNE SÉQUENCE À SURVEILLER
Cette affaire pose finalement une question plus large : que reste-t-il des anciennes alliances qui avaient permis aux forces de l’opposition de conquérir le pouvoir ?
L’épisode de Tivaouane rappelle que les relations politiques sont rarement figées. Les alliances peuvent se transformer, les fidélités évoluer et les désaccords ressurgir au moment où personne ne les attend.
Pour Ousmane Sonko, cette séquence constitue surtout un rappel : l’accès au pouvoir ne signifie pas que les anciennes relations politiques et sociales restent intactes.
Pour Bassirou Diomaye Faye, elle souligne également l’importance du maintien du dialogue avec les différentes familles religieuses.
Et pour Serigne Moustapha Sy, le message semble être celui de l’indépendance : recevoir un responsable, en refuser un autre et expliquer publiquement son choix.
Au-delà de la polémique née sur les réseaux sociaux, le refus de Serigne Moustapha Sy apparaît ainsi comme un geste dont la portée dépasse largement une simple visite manquée. À l’occasion du Maouloud 2026, Tivaouane rappelle une nouvelle fois que, dans le jeu politique sénégalais, les rapports entre pouvoir, opposition, familles religieuses et anciennes alliances restent un équilibre aussi délicat que stratégique.
Mohamed Sy