Á l’occasion du Grand Magal célébré ce dimanche 2 août à Touba, des dizaines de milliers de fidèles affluent vers la ville sainte pour commémorer l’exil de Cheikh Ahmadou Bamba en 1895.
Au-delà de sa portée spirituelle, ce rendez-vous religieux s’impose désormais comme un puissant moteur de l’économie sénégalaise, avec des retombées estimées à 630 milliards de francs CFA, selon une étude conjointe de l’Université Alioune Diop de Bambey et de l’Université Cheikh Ahmadoul Khadim de Touba. Une étude met en évidence une progression spectaculaire de l’impact économique du Magal.
Les retombées ont été multipliées par plus de deux en moins de dix ans, passant de 250 milliards de francs CFA en 2017 à 630 milliards aujourd’hui. Une évolution qui traduit l’ampleur croissante de cet événement religieux devenu un véritable levier de développement économique. Selon le professeur Souleymane Astou Diagne, économiste et coordonnateur de l’étude, cette hausse s’explique notamment par la forte croissance démographique de Touba, mais aussi par l’évolution de la place du Magal dans la société sénégalaise. Plus qu’une simple commémoration religieuse, l’événement est devenu un puissant marqueur identitaire et culturel, particulièrement auprès des jeunes générations. Les chercheurs estiment que plus de cinq millions de pèlerins pourraient participer à cette édition, entraînant une explosion de la consommation de biens et de services.
Cette affluence exceptionnelle profite à de nombreux secteurs économiques, bien au-delà des limites de la cité religieuse. Les services financiers figurent parmi les principaux bénéficiaires. L’étude révèle que les opérateurs de mobile money enregistrent une hausse d’au moins 60 % de leur chiffre d’affaires durant la période du Magal, portée par l’intensification des transactions commerciales et des transferts d’argent.
Le secteur agroalimentaire demeure toutefois le premier gagnant de cette dynamique. Chaque année, les besoins générés par le Magal stimulent fortement les filières agricoles et pastorales. Les chercheurs évaluent à plus de 600 000 le nombre de poulets consommés durant l’événement, tandis qu’environ 100 000 ruminants sont sacrifiés pour répondre aux besoins des familles et des dahiras.
Cette demande exceptionnelle mobilise des producteurs et des éleveurs issus de toutes les régions du Sénégal, de Ziguinchor à Dakar, en passant par Fabakundah, créant une chaîne de valeur qui irrigue l’ensemble de l’économie nationale. Au fil des années, le Grand Magal s’est également imposé comme un important carrefour commercial sous-régional. La manifestation accueille un nombre croissant de commerçants venus du Mali, de la Mauritanie et de la Guinée, confirmant le rayonnement économique et l’attractivité régionale de Touba.
Longtemps considéré comme un événement exclusivement religieux, le Grand Magal est devenu l’un des principaux moteurs de l’activité économique au Sénégal. En générant des centaines de milliards de francs CFA de retombées et en stimulant des secteurs aussi variés que l’agriculture, l’élevage, le commerce, les transports ou les services financiers, il confirme son statut de rendez-vous incontournable, à la fois spirituel, social et économique.
El Malick