La situation devient de plus en plus tendue à Keur Massar Sud (commune située au Nord-est de la capitale sénégalaise), où la mairie a lancé depuis plus d’une semaine, une opération de déguerpissement. Une initiative du maire Bilal Diatta qui vise à débarrasser la voie publique sur les alentours de l’auto pont.
La question de l’occupation anarchique est un sujet qui préoccupe le maire de la commune de Keur Massar Sud, Mouhamed Bilal Diatta. A peine sorti de prison, l’édile de cette collectivité connue pour sa popularité (plus de 300 000 habitants), a lancé une série d’opérations de déguerpissement sur l’espace public.
Mercredi 22 mai, aux environs de 19 heures, plusieurs personnes ont été appréhendées et enchaînées sous l’autopont de Keur Massar, reliant les deux communes (Nord et Sud). Les forces de l’ordre avaient envahi le marché, à la traque des jeunes et des femmes qui occupent quotidiennement les voies publiques pour faire leurs commerces. Cherchant à échapper aux patrouilles, un jeune vendeur de bijoux qui se battait pour ne pas laisser sa table derrière lui, a malheureusement vu ses bijoux se renversés. Interrogé, il lança ce triste message : « Vous êtes tous témoins de ce que nous vivons en ce moment à Keur Massar et c’est comme ça depuis ce matin. On essaie de nous cacher mais les forces de l’ordre nous traquent comme des bêtes. Pourtant tout ce que nous voulons c’est travailler en vendant nos produits afin de subvenir à nos besoin », a déclaré Modou Gueye.
Dans la matinée du lundi 27 mai, les éléments de la brigade de Keur Massar ont de nouveau occupé les artères de la ville mais cette fois-ci, accompagnés des gros bras du maire Bilal Diatta. Ils essaient de dégager l’occupation sur les voies publiques en usant « force et intimidation ». Une situation que déplorent vivement les occupants de ces endroits devenus leurs espaces commerciaux. Pour eux, l’heure n’est pas bien choisie pour lancer cette opération de déguerpissement, soulignant entre autres, l’approche de la fête de tabaski.
Cette vendeuse de petit déjeuner à 50 mètres de la station-service qui a vu sa table caillassée par un des gardes rapprochés du maire, Mariama Fall était incontrôlable. « C’est très dur vraiment. Nous sommes des mères de familles qui cherchent de quoi nourrir nos enfants. Avec nos petits commerces nous peinons déjà à gagner 3000f par jour. Nous leur prions de nous laisser sur place jusqu’à la fin de la fête de tabaski pour nous trouver un autre espace où nous pourrons mener notre commerce car c’est tout ce qu’on a aujourd’hui », regrette-t-elle, d’un ton désespéré.
Pour Aliou Diouf, la situation est beaucoup plus compliquée qu’on ne l’imagine. « Nous sommes des jeunes qui veulent contribuer à l’émergence de ce pays. Mais avec cette situation, nous sommes dans l’impossibilité de travailler. Aujourd’hui quand j’ai appelé ma maman, elle m’a demandé de ne plus lui acheter un mouton pour la tabaski, étant consciente des difficultés auxquelles nous faisons face en ce moment », témoigne-t-il.
Ces marchands ambulants ont par ailleurs dénoncé les pratiques employées par la mairie de la commune pour les déguerpir et fustigent la communication violente de Bilal Diatta. Selon eux, l’autorité non seulement leur a manqué de respect en faisant ressortir des propos de « je m’en foutisme », mais a également fait usage de nervis armés pour les déloger.
Avis des populations Massaroises
A Keur Massar, l’occupation anarchique des voies publiques a été longtemps décriée par les populations, d’où la pertinence de l’initiative de désengorgement, tantôt appréciée par certains même si d’autres ont dénoncé les pratiques employées par la mairie.
Trouvé à côté du garage des Ndiaga Ndiaye, Mamadou Lamine Tamba, étudiant en Master 2 de la faculté des Sciences juridiques et politiques de l’Université Cheikh Anta Diop, préfère relativiser : « C’est vrai que le maire est dans son rôle de remettre de l’ordre sur les voies publiques car la situation ici à Keur Massar est très alarmante. Les gens font face à d’énormes difficultés pour entrer ou sortir de cette ville, tellement les voies sont serrées et remplies de monde. Cependant, je pense que la mairie devrait revoir sa méthode car ce sont des jeunes et des femmes qui dépendent que de leurs commerces pour survivre ».
Des propos que ne partagent pas Ousmane Thiam, venu faire ses courses. Pour ce dernier, les marchands ambulants ne sont pas des résidents de Keur Massar et que cette situation ne fait qu’augmenter les risques de vol et d’agression. « Ils doivent libérer notre espace commune. On ne peut pas concevoir que d’autres personnes quittent leurs quartiers pour venir encombrer notre marché empêchant la libre circulation des piétons. Nous sommes à fond derrière le maire Bilal Diatta qui est en train de faire un travail remarquable car il faut que cela cesse dès maintenant », rétorqua M. Thiam.
Accune communication officiellede la mairie
Cette opération de désengorgement des voies publiques n’est pas une initiative nouvelle à Keur Massar. Lors de son élection, en 2022, Bilal Diatta avait déjà tenté d’expulser en vain les marchands ambulants. Aujourd’hui avec l’accès au pouvoir du parti Pastef-Les Patriotes auquel il est membre, l’édile semble disposer de plus de moyens pour faire valoir sa volonté. Si autrefois, la collectivité avait justifié cette action par le devoir de libérer la voie publique pour faciliter la libre circulation des personnes et de leurs biens, aujourd’hui, il n’y a aucune communication directe de la part des agents de la mairie, malgré les nombreuses tentatives de notre correspondant sur place de les joindre.